Début novembre, une polémique secouait le conseil municipal de Versailles, suite à une tribune du groupe socialiste et divers gauche Le Progrès pour Versailles accusant les deux conseiller.e.s municipaux de Versailles Familles Avenir (une liste issue de la «Manif pour tous») de propos homophobes lors du conseil municipal du 2 octobre. Les quatre élu.e.s de gauche rapportaient que Fabien Bouglé et Valérie d’Aubigny avaient demandé à ce que soit vérifiée l’orientation sexuelle des animateurs/trices embauché.e.s par la mairie. Or, l’enregistrement des échanges lors du conseil municipal a montré que l’élu a en fait demandé au maire François de Mazières comment il comptait empêcher l’infiltration du «lobby LGBT» dans les écoles versaillaises. Fabien Bouglé avait par la suite exigé des excuses et envisageait de porter plainte.

UNE ATTEINTE A LA LIBERTÉ D’EXPRESSION… «AU PRÉTEXTE D’HOMOPHOBIE»?
Dans le dernier numéro du magazine municipal de Versailles, le groupe issu de la «Manif pour tous» a rendu public son droit de réponse, dans lequel il réaffirme son intention de porter plainte pour diffamation contre Isabelle This Saint-Jean (photo), la tête de liste du Progrès pour Versailles, et continue de fustiger le prosélytisme, se gardant bien cette fois d’utiliser l’appellation de «lobby LGBT»: «Parce que les conseillers municipaux de Versailles Familles Avenir veulent protéger les enfants dans les écoles contre l’idéologie du genre, ils sont traités d’homophobes par Mme This Saint-Jean, ancienne collaboratrice de Vincent Peillon et conseillère municipale de Versailles, et ses colistiers dans leur tribune du journal de Versailles.» Une nouvelle fois, le groupe donne sa version de l’histoire: «Suite à l’intervention d’un prostitué travesti militant, auteur de livres controversés et de textes poétiques d’un goût très douteux dans une école publique de Versailles, le groupe Versailles Familles Avenir a souhaité attirer l’attention du maire sur le devoir qui lui incombe, en tant que premier magistrat de sa commune, d’être le garant de l’ordre public et de veiller à ce que ne se renouvelle pas dans l’avenir ce type d’intervention, aussi bien dans les temps scolaires que périscolaires.» Fabien Bouglé et Valérie d’Aubigny ciblent là David Dumortier, l’auteur du livre Mehdi met du rouge à lèvres, qui était intervenu dans une école de Versailles début 2014 et accusent finalement les quatre élu.e.s de gauche de vouloir les museler: «Les élus de Versailles Familles Avenir s’insurgent contre les méthodes du groupe socialiste et divers gauche qui ne trompent plus personne aujourd’hui mais portent atteinte, au prétexte d’homophobie, au débat public et à la liberté d’expression.»

«DES PROPOS SUSPICIEUX ET INFAMANTS»
Contactée par Yagg, Isabelle This Saint-Jean s’étonne de cette nouvelle réaction et voit ce droit de réponse comme de la «gesticulation» de la part des deux élu.e.s de Versailles Familles Avenir. Car lors du dernier conseil municipal du 20 novembre, ni Fabien Bouglé, ni Valérie d’Aubigny n’ont montré leur indignation lors de la lecture de sa déclaration. Elle y admet s’être trompée en prêtant certains propos à Fabien Bouglé: «Le débat démocratique est trop fragile et j’y suis trop profondément attachée pour que nous n’admettions pas notre erreur dans la retranscription exacte des propos de M. Bouglé». Mais Isabelle This Saint-Jean ne présente aucune excuse, comme l’exigeait l’élu: «Nous tenons à réaffirmer avec force, que si le mensonge ne fait pas partie de nos méthodes, en revanche la lutte contre les obscurantismes est un combat qui nous anime au quotidien. Les Versaillais nous ont confié un mandat pour que nous puissions porter haut des valeurs de tolérance, d’égalité et de progrès dans cette enceinte.

«Aussi, je réaffirme notre refus de rester les bras croisés, face à de tels propos visant à stigmatiser une partie de la population incarnant un soi-disant lobby au vu de ses orientations sexuelles. Républicains convaincus et socialistes nous dénonçons une nouvelle fois les propos suspicieux et infamants de M. Bouglé. Chacun doit prendre conscience ici que nous ne laisserons pas certains faire de Versailles la vitrine d’orientations politiques nauséabondes.»

L’élue rappelle enfin que, ni elle, ni son groupe ne sont dupes face à l’idéologie derrière la demande de Fabien Bouglé de veiller à ce que les associations LGBT n’infiltrent pas les écoles: «Chacun ici jugera en son âme et conscience si la polémique par médias interposés, sur des propos jugés homophobes, était ou pas en lien avec des questions d’orientation sexuelle, et si cette polémique était nécessaire ou non. Le choix qui est le nôtre est celui de l’intransigeance et du combat contre les discriminations. Maladroite fut-elle en l’occurrence mais bien présente, aujourd’hui et dans l’avenir.»

«JE NE PEUX RIEN ATTENDRE DU MAIRE DE VERSAILLES»
C’est l’élu Didier Baichère qui a lu cette lettre au nom d’Isabelle This Saint-Jean, absente ce jour-là du conseil municipal: «Conformément au règlement, la lecture s’est faite à la fin du conseil municipal. Il n’y pas eu un seul commentaire, mais plutôt un silence pesant», raconte-t-il à Yagg. Pour lui, il était important de ne pas laisser passer les déclarations de Fabien Bouglé: «C’était important de replacer ce qui s’est passé dans un contexte. Isabelle This Saint-Jean était de bonne foi dans la tribune publiée en novembre. À chacun aujourd’hui de se faire une idée sur la gravité des propos qui ont été tenus.» Didier Baichère ne s’étonne pas particulièrement de la teneur du discours de Versailles Familles Avenir: «Ce sont toujours les mêmes propos qui reviennent, les deux élu.e.s de ce groupe font une fixation sur l’intervention de David Dumortier.» De son côté, Isabelle This Saint-Jean sait que si Fabien Bouglé dépose effectivement plainte, elle ne peut espérer aucun soutien de la part de François de Mazières, alors même que Versailles Familles Avenir fait partie de l’opposition: «François de Mazières donne une image de centralité, mais sur ces questions, il suit une ligne très dure», insiste-t-elle, mentionnant sa présence aux défilés de la «Manif pour tous», ou encore plus récemment à ceux des «Familles Plumées», aux côtés de Christine Boutin. Mais l’élue reste convaincue que l’histoire ne doit pas s’arrêter là, et que Fabien Bouglé ne doit pas en sortir vainqueur: «J’ai eu un rôle d’alerte, mais il ne faut pas laisser dire des choses comme cela. Il faudrait par exemple que des associations portent plainte.» C’est d’ailleurs avec une «pensée émue» qu’elle saluait le travail des associations LGBT dans sa déclaration lue au dernier conseil municipal. Contacté par Yagg, Fabien Bouglé n’a pas encore répondu à nos sollicitations.

Photo Philippe Grangeaud (Parti socialiste)