Le procès des quatre hommes accusés d’avoir tué Ihsane Jarfi, qui a commencé en début semaine, se poursuit devant la cour d’assises de Liège. En 2012, cet homme gay de 32 ans avait été retrouvé mort dans un champ après avoir été porté disparu. L’enquête a montré que l’homophobie est bien la cause de l’agression qui a causé la mort de la victime et plusieurs associations LGBT belges sont représentées lors de ce procès. Chacun à leur manière, Mutlu Kizilaslan, Jérémy Wintgens, Jonathan Lekeu et Éric Parmentier contestent l’intention d’homicide en raison de l’orientation sexuelle, et nient être homophobes. Interrogés successivement, les bourreaux présumés se renvoient la responsabilité des coups portés à Ihsane Jarfi, mais affirment que ce sont les «propositions homosexuelles» d’Ihsane Jarfi qui sont à l’origine du déchaînement de violence qui a entraîné sa mort.

«PUNIR» IHSANE JARFI
Un des agresseurs, Jérémy Wintgens, est passé aux aveux et a exprimé des regrets: «J’ai laissé faire, sans rien dire et sans rien faire pour m’y opposer. Cela a été trop loin. C’était une horrible soirée, au terme de laquelle on a laissé Ihsane Jarfi dans un état pitoyable. Je me sens coupable de n’avoir rien fait pour arrêter tout cela.» Un autre, Mutlu Kizilaslan, affirme qu’Eric Parmentier souhaitait «donner une bonne leçon», à Ihsane Jarfi, parce qu’il leur avait fait des avances. Il admet avoir porté deux coups après que la victime a invoqué Allah. «Il s’agissait de lui faire peur en raison du manque de respect qu’il avait eu envers nous en nous adressant ces propositions homosexuelles, maintient quant à lui Eric Parmentier. Il s’agissait de l’abandonner en pleine campagne, de le punir par rapport à son manque de respect et de l’obliger à revenir cul-nu vers Liège.»

UNE AGRESSION MINIMISÉE
Selon RTL.be, les enquêteurs ont affirmé hier qu’il demeure une «zone d’ombre» de quarante minutes, qui, malgré les versions des quatre accusés et les informations relevées sur les lieux de l’agression, ne peut pour le moment pas être éclaircie. Les légistes estiment quant à eux que les quatre hommes décrivent une agression bien moins brutale que ce que montrent les photos du corps présentées au procès. L’autopsie du corps d’Ihsane Jarfi a en effet établi un acharnement d’une violence insoutenable. L’homme de 32 ans a eu 17 côtes brisées, suite à un écrasement de la cage thoracique, et de nombreuses traces de coups sur l’abdomen et sur le visage. Il présentait enfin des marques de fils barbelés, ce qui correspond selon la version des accusés, au moment où Ihsane Jarfi a tenté d’échapper à ses agresseurs. L’agonie d’Ihsane Jarfi a duré entre quatre et six heures. Jeudi après-midi, un des avocats des accusés a causé une incident de procédure, en raison de la diffusion d’une vidéo de reconstitution des faits par un enquêteur, qui n’avait pas été présentée au préalable à la défense. Le président de la cour d’assises a finalement autorisé la projection en audience publique de cette élément.

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