[mise à jour, 16h30] Ajout d’une réaction de Coline Neves du collectif Existrans

Lors d’une conférence de presse qui s’est tenue ce jeudi 20 novembre, Journée internationale du souvenir trans’ (TDOR), le Comité Idaho et le think tank République & Diversité ont présenté un rapport sur la transphobie remis à Hélène Bidard, adjointe à la maire de Paris chargée de la lutte contre les discriminations. Les sociologues Karine Espineira et Arnaud Alessandrin ont mené une enquête à ce sujet, recueillant les réponses de 281 personnes, majoritairement sollicitées sur les réseaux sociaux Facebook et Twitter. «C’est la première fois qu’une telle enquête est menée en France, affirme Sophie Lichten, vice-présidente du Comité Idaho. Jusqu’ici, on devait s’appuyer sur des données recueillies à l’étranger.»

En 2010, le ministre de l’Intérieur Claude Guéant avait refusé de financer une étude sur les actes transphobes au motif que ceux-ci sont déjà pris en compte par les données recensant les crimes homophobes ou sexistes, se souvient Sophie Lichten. C’est finalement la mairie de Paris qui a alloué un budget à cette question et les chiffres sont accablants. Près de 85% des personnes trans’ sondées indiquent avoir été victimes d’actes ou de propos transphobes mais «plus de 96% des personnes ayant subi des comportements transphobes n’ont pas porté plainte», affirment les auteur.e.s de l’enquête.

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Du fait des discriminations et de la transphobie entretenues par certaines institutions, le silence est la règle. De peur de ne pas être prises en considération, de nombreuses personnes trans’ préfèrent ne pas recourir aux services de la police. Mais leurs réticences concernent aussi le monde médical, ce qui pénalise leur accès aux soins.

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Quelques bribes de témoignages attestant de cette réalité ont été insérés dans le rapport. «À l’hôpital Georges Pompidou [à Paris, ndlr], le représentant d’une équipe est allé voir son supérieur et m’a appris “qu’ici, on ne fait plus les trans’”, sinon, on se fait taper sur les doigts par Foch», confie une des personnes interrogées. «Vous comptez fêter la Fête des mères? La Fête des pères? Les deux? À un moment, il faut choisir», a entendu une autre lors d’un rendez-vous dans un Centre d’étude et de conservation des œufs et du sperme (CECOS) pour une autoconservation.

Environ 44,5% des sondé.e.s indiquent avoir «subi des propos ou des actes transphobes» dans des endroits aussi variés que le bureau de poste, la douane, l’université, la mairie ou une agence de la Sécurité sociale. La transphobie s’exprime partout, notamment dans la rue, et a des conséquences désastreuses sur la santé et le bien-être des personnes trans’.

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Les auteur.e.s du rapport recommandent aux pouvoirs publics de développer la formation et la sensibilisation des personnels. Une meilleure prise en compte de la transphobie dans les textes de loi devrait aider à sanctionner de façon plus systématique les actes et propos transphobes, mais cet action devrait être doublée d’efforts de la part de l’État en mettant en place un changement d’état civil respectant le droit à la vie privée et le droit à la dignité des personnes trans’. Pour Giovanna Rincon de l’association Acceptess-T, ce rapport doit servir aux organisations qui défendent les droits des trans’ pour optimiser leur stratégie d’interpellation des responsables politiques. «Les élu.e.s doivent pouvoir voir l’urgence de la situation des trans’ et comprendre grâce à ces chiffres qu’il s’agit d’une question humaine, pas simplement un sujet philosophique et juridique sur le genre», plaide la militante. «C’est très important de mettre des chiffres sur les discriminations, abonde Coline Neves de l’Existrans, mais il faut maintenant que l’État cesser de porter la transphobie dans sa législation et ses structures.»

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