Pour Pierre Ducarne (photo), l’affaire est close. Contactée par Yagg, la tête de liste du Front National à Nancy aux élections municipales de mars dernier, ne veut plus répondre sur «cette polémique qui a déjà fait assez de dégâts». La polémique? La proximité entre le militant FN et certaines associations LGBT inquiète à la fois son parti et d’autres associations LGBT.

Le 27 septembre dernier, lors de la Fête des associations de Nancy, la présence de Pierre Ducarne sur le stand du Kreuji (la maison des associations LGBT lorraines) avait fait tiquer l’association Equinoxe, déjà agacée notamment par les liens entre les dirigeants du Kreuji et la municipalité, en particulier le conseiller délégué aux écoles, Pierre de Saulieu, ex-représentant local de la «Manif pour tous», toujours proche de Virginie Merle-Tellenne et de son nouveau mouvement, «L’Avenir pour tous». Joint par Yagg quelques jours après la Fête des associations, le président du Kreuji Pascal Dabel avait démenti un quelconque rapprochement avec l’ex-candidat frontiste: «Pierre Ducarne est venu à notre stand en simple visiteur, avait-il affirmé, pour ma part je ne le connaissais pas. Il est passé, a salué des amis qui étaient présents. Mais Pierre Ducarne ne fait pas partie du Kreuji, nous sommes apolitiques».

Une version que semble confirmer le principal intéressé dans une réponse publiée sur Twitter début octobre et dans laquelle il écrit «assumer parfaitement le fait d’avoir été visiter le stand du Kreuji»:

Le parti auquel appartient Pierre Ducarne a aussi vu d’un mauvais œil son attitude perçue comme un soutien à la communauté LGBT nancéienne – le militant «s’était même fait prendre en photo, enlacé avec un beau gosse et a posté le cliché sur Twitter en pied-de-nez aux sectaires», rapportait le journal d’extrême droite Minute.

La semaine dernière, Pierre Ducarne a reçu une convocation devant la commission des conflits du parti le 27 novembre prochain, rapporte L’Est Républicain. L’étudiant en droit aurait eu une «attitude communautariste» et aurait «proféré des insultes envers un dirigeant du FN». Selon L’Est Républicain, un échange entre lui et Bruno Gollnisch sur Twitter aurait mis le feu aux poudres. Le cadre du FN a en effet taclé dans un post de blog la présence du jeune candidat auprès de militant.e.s LGBT, qui lui a alors demandé de «respecter la vie privée d’autrui».

Hier en fin d’après-midi, Pierre Ducarne, qui précisait pourtant récemment (et encore dans le «droit de réponse» publié ci-dessus) avoir pris ses distances avec son parti, s’est réjoui qu’une solution ait été trouvée avec le FN:

Le Front National a en effet finalement renoncé à sanctionner son ex-tête de liste, estimant que Pierre Ducarne n’a pas soutenu «une association communautariste», un comportement qui aurait été jugé «contraire aux valeurs du parti». Toujours selon L’Est Républicain, le jeune militant, qui qualifie donc cet emballement de «malentendu», jure qu’«il n’y a pas de chasse aux homosexuels au FN».

Avant l’annonce du rétropédalage du Front National, l’association Equinoxe Nancy Lorraine s’est une nouvelle fois émue des liens étroits que le parti d’extrême droite tente de nouer avec les LGBT. Elle s’étonne depuis déjà plusieurs mois de voir le jeune militant FN manifester sa proximité avec les associations LGBT nancéiennes et s’est désolidarisée du projet du Kreuji. Elle dénonce aujourd’hui encore l’«opération séduction» mise en œuvre par le Front National «en direction des gays»:

«Avec “l’affaire Ducarne”, la pseudo entreprise de “dédiabolisation” frontiste cale sur ses contradictions internes, et le FN revient à ses fondamentaux: la détestation des minorités! Équinoxe rappelle une fois encore que le Front National a toujours été hostile aux revendications d’égalité des personnes LGBT, et, plus généralement, s’est toujours affirmé le fer de lance des combats anti-égalité. S’en étonner aujourd’hui relève d’une incroyable naïveté.»

L’association critique avec virulence le laisser-faire du Kreuji: «Les alertes d’Equinoxe concernant la tentative d’infiltration d’éléments d’extrême droite au sein d’associations gays nancéiennes se sont également avérées totalement fondées, même si les dirigeants FN la trouvent aujourd’hui trop voyante. Inutile donc de perdre notre temps à faire le tri entre Pierre Ducarne, qui n’a toujours pas renié son appartenance à l’extrême droite, et ses amis du Kreuji d’un côté, Bruno Gollnisch et Minute de l’autre. Entre les divers types d’homophobie au sein du Front National, et les gays qui s’en accommodent, Marine Le Pen reconnaîtra les siens!»

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