C’est l’émission dont tout le monde parle, et pourtant personne ne l’a encore vue. «Monsieur et Madame-Tout-le-Monde», dont le titre est provisoire, entend déguiser des personnalités politiques pour leur faire expérimenter les «vraies» préoccupations des Français.e.s dans des situations concrètes. En cours de production et diffusée sur D8 dans quelques mois, elle permettra ainsi de découvrir, méconnaissables, Julien Dray en professeur dans un lycée, Samia Ghali en mère divorcée en quête d’un logement, ou encore Bernard Accoyer en brancardier aux services des urgences.

ÉCHANGES SANS FILTRE
Les personnalités politiques se seraient-elles laissées tenter par une émission de divertissement pour combler le fossé de méfiance qui s’est creusé entre elles et la population? Parmi les participant.e.s, Jean-Luc Romero, élu PS du XIIe arrondissement de Paris, militant de longue date, que ce soit contre le VIH ou pour le droit de mourir dans la dignité: «Déjà, ce n’est pas du tout une émission de télé-réalité! corrige-t-il, en référence aux nombreux articles qui font état d’une émission de ce genre. On m’a proposé d’être un militant qui tracte dans la rue pour inciter les gens à aller voter. C’est un personnage qui n’est pas si éloigné de mes activités habituelles, je suis souvent sur les routes, je me rends à des manifestations, je vais au contact de la population. On m’a demandé de faire quelque chose que je fais déjà tout le temps.» Alors finalement où est la différence? «Au-delà d’avoir une autre tête que celle que l’on a d’habitude, ce qui est amusant, ça a été pour moi l’occasion d’avoir un autre rapport aux gens.»

«Quand les gens me croisent et me reconnaissent, soit ils m’évitent et il n’y a pas de conversations, ou bien, ils me sourient, me serrent la main, ils prennent des précautions, et ils font attention à ce qu’ils disent. Ce jour-là, comme ils ne savaient pas que c’était moi, ils étaient plus libres et n’ont pas hésité à me dire des horreurs et tout ce qu’ils pensent des politiques, du gouvernement. Il n’y avait pas de filtre.»

SANS REGRET
Jean-Luc Romero tacle l’hypocrisie de ceux et celles qui critiquent le concept qui n’a d’après lui rien de racoleur. «Tout le monde dit que c’est nul, mais sur La Chaîne Parlementaire, il y a une émission qui s’appelle J’aimerais vous y voir!, où des politiques sont plongé.e.s en immersion dans une entreprise. Personne n’en fait un scandale! Ce qui est différent avec l’émission de D8, c’est justement qu’il ne s’agit pas d’une personne connue en immersion, car dans ces cas-là, les gens le savent et le rapport est faussé.» L’élu s’agace aussi de voir certain.e.s participant.e.s retourner leur veste et critique les rétropédalages de Michèle Alliot-Marie et de Geoffroy Didier, qui ont démenti leur participation alors que des photos sont parues dans la presse: «Il faut quand même comprendre la façon dont ça se passe: avant le tournage, il y a une première séance, où l’on vous prend des empreintes, pour faire les moulages qui permettront de réaliser les prothèses, et vous revenez ensuite une seconde fois un mois plus tard pour faire des essais. On peut regretter d’avoir fait une émission, mais perdre son temps à la préparer pour ensuite ne pas la faire, c’est assez lamentable. C’est aussi pour ça que les gens n’ont plus confiance envers les politiques. Moi, j’assume et je n’ai aucun regret d’avoir participé à cette émission.»

FACE À L’HOMOPHOBIE
Jean-Luc Romero donne quelques détails sur le déroulement de ce tournage durant lequel les badaud.e.s l’ont pris pour un militant lambda: «Nous étions près de la Sorbonne, à un endroit très passant avec beaucoup de jeunes. C’était au mois de mai, pendant la campagne pour les européennes. Il y avait des affiches et des badges avec écrit en gros “Vote or Die” (“Vote ou Crève”), un slogan très fort.» Certaines rencontres ont par ailleurs profondément marqué voire éprouvé l’élu ouvertement gay:

«Durant cette journée j’ai discuté avec un étudiant, puis plus tard avec une dame d’un certain âge, qui m’ont dit de façon très claire et très tranquille pourquoi il et elle considèrent que l’homosexualité est quelque chose d’inférieur et d’anormal. Ces discussions-là, je ne serais pas forcément capable de les avoir en étant moi-même et de toute manière, ces personnes homophobes ne m’auraient pas tenu de tels propos en sachant qui j’étais.»

Photos Equilibre Production / Gilles Couteau