Joint par téléphone ce matin, le Pr Jean-Michel Molina nous a annoncé la bonne nouvelle: dans l’essai Ipergay, la réduction du risque d’infection dans le groupe utilisant un médicament a été de 80%. C’est presque deux fois plus que dans les essais précédents de prophylaxie pré exposition (PrEP). Selon Jean-Michel Molina, ce «niveau  très élevé de protection» justifiait de prendre en urgence des mesures, afin que tous les participants puissent recevoir le médicament préventif (Truvada). Hier soir à l’hôpital Tenon, l’ambiance était joyeuse. Selon nos informations, les participants de l’essai, réunis autour de l’équipe médicale, ont applaudi après l’annonce de ces nouveaux résultats.

CHANGEMENT D’ENVERGURE
C’est un changement d’envergure dans l’essai Ipergay. Depuis son lancement en février 2012, il comparait un groupe de patients prenant Truvada à un groupe de patients prenant un placebo, sans que ni l’équipe médicale ni les participants ne le sachent (essai dit «en double aveugle»). Les participants prennent le médicament à la demande, en période de rapports sexuels.  Ipergay, qui réunit 400 volontaires en France (Paris, Nantes, Lyon, Nice, Tourcoing) et au Canada (Montréal) franchit donc une nouvelle étape. Maintenir un bras placebo au vu des résultats d’efficacité obtenus aurait été non éthique. Tous les participants ont été invités, au moyen d’une newsletter, à se rendre à une visite médicale, durant laquelle l’équipe d’Ipergay leur expliquera en détail les nouvelles dispositions de l’essai et tous repartiront avec du Truvada.

Selon le communiqué de l’ANRS publié ce matin, plusieurs événements ont motivé cette décision de supprimer le placebo. Aux États-Unis, le traitement administré en continu (un comprimé par jour) a permis une réduction de 42% du risque d’infection dans le groupe utilisant un traitement quotidien (PrEP continue) de Truvada par rapport au groupe recevant son placebo. Le traitement préventif (PrEP) est d’ailleurs recommandé par les autorités de santé américaines dans les groupes les plus exposés. Plus récemment, c’est du Royaume-Uni qu’est venue une nouvelle confirmation de l’efficacité de la PrEP: l’étude PROUD a montré que la PrEP se révélait « hautement protectrice contre le VIH ». Et le 16 octobre, les autorités britanniques décidaient de donner le traitement à tous les participants. Puis, c’est au tour du comité indépendant de l’essai Ipergay de communiquer sur l’efficacité très importante, observée dans l’essai et de recommander l’arrêt du placebo.

RÉSULTATS DÉBUT 2015
Les résultats complets de cette première phase de l’essai Ipergay devraient être communiqués lors d’une conférence scientifique majeure, la Croi, qui se tient du 23 au 26 février prochain à Seattle, aux États-Unis. L’essai, lui, va se poursuivre pendant encore un an. Le Pr Molina insiste sur l’approche d’Ipergay: la prise de traitement s’accompagne d’un counselling sur la prévention, de la mise à disposition de préservatifs, de la pratique de tests réguliers sur les Infections sexuellement transmissibles. « Il ne s’agit pas d’opposer des outils de prévention, martèle-t-il, mais bien d’avoir une stratégie de prévention combinée».

Reste à savoir quelle sera l’attitude des pouvoirs publics sur l’autorisation de Truvada en tant que traitement préventif. La pression devrait être de plus en plus forte pour que la PrEP puisse être utilisée à grande échelle dans la «vraie vie». Comme le souligne l’ANRS, plus de 6 000 personnes découvrent chaque année leur séropositivité pour le VIH en France, dont 42% d’hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes.