Il y a une semaine jour pour jour, dans la soirée du jeudi 16 octobre, Sébastien, 25 ans, et Jean-Christophe, 51 ans, indiquent avoir été victimes d’une agression à Paris en raison de leur homosexualité. Aux alentours de 20h45, ils sont descendus d’un wagon du RER B à Gare du Nord et ont emprunté un escalator pour rejoindre la ligne 5 du métro. Sébastien affirme qu’une femme d’une cinquantaine d’années l’a bousculé et qu’il l’a ensuite repoussée. Il se souvient que son compagnon s’est retourné et lui a demandé: «Qu’est-ce qui se passe, chéri?»

«SALES PÉDÉS! VIVE LA “MANIF POUR TOUS”!»
Jean-Christophe, lui, n’est pas certain d’avoir dit «chéri». Et s’il l’a dit, il pense s’être adressé à la femme en l’appelant ainsi pour «détendre l’atmosphère et faire retomber la pression». Elle a dû percevoir cette phrase comme étant destinée à Sébastien puisque selon les deux hommes elle a alors crié: «Sales pédés! Sales pédés! Vous devez crever! Vive la “Manif pour tous”!» Le plus jeune des deux hommes a tenté d’emmener son compagnon loin des vociférations de la quinquagénaire.

Dans les couloirs de la gare, le couple dit avoir croisé la route de trois agents de police qui ont préféré s’écarter comme s’ils n’avaient rien vu, rien entendu. «Ils devaient avoir fini leur journée», a-t-on ensuite expliqué à Sébastien et Jean-Christophe lorsqu’ils ont porté plainte au commissariat. Les deux hommes ont poursuivi leur trajet jusque sur le quai de la ligne 5 mais ils n’ont pu que constater avec effroi que la femme qui les avait insultés était également présente. «On l’a ignorée», assure Sébastien. Comme eux, elle est montée dans la rame. Elle y a gardé le silence, peut-être en raison de l’affluence. Mais comme eux, elle est descendue à la station Laumière.

«VOUS REPRÉSENTEZ LE SIDA!»
Sur le quai, la confrontation était inévitable. «Physiquement, on aurait pu la démolir et la tuer», explique Sébastien. Pour ne pas être à leur tour auteurs de violences, ils ont préféré s’embrasser. «Mais ça a décuplé sa haine», s’est aperçu le jeune homme. «Si elle avait eu une arme, elle nous aurait flingués», appuie Jean-Christophe.

«Vous représentez le sida!», aurait-elle lancé à Sébastien. Celui-ci a répondu qu’il était séronégatif mais elle aurait rétorqué: «Ça se voit sur vous que vous l’avez!» Elle a ensuite fouillé dans son sac et en a sorti un câble électrique avec lequel elle a frappé les deux hommes. «Moi, je n’ai reçu aucun coup, mais mon ami s’est interposé pour me protéger», précise Sébastien. Sur son bras, des rougeurs témoignent de la violence dont il a été la cible.

«Il y avait du monde, se souvient Sébastien. Au moment où elle nous a frappés, il y avait trois personnes sur le quai, dont une jeune fille qui a été atteinte dans le cou par le câble. Si ces personnes se reconnaissent, elles doivent témoigner auprès du commissariat du XIXe arrondissement.» Jean-Christophe a finalement plaqué leur agresseuse contre un mur, mais la femme aurait réagi en lui attrapant le bras droit et en tirant dessus. Une semaine après, il souligne qu’il ne peut toujours pas utiliser son bras. Dix jours d’ITT lui ont été prescrits et une entorse de la main a également été constatée. La quinquagénaire a profité de sa douleur pour partir en les enjoignant d’en terminer dehors, loin des caméras de surveillance, indique Sébastien.

«ON ÉVITE CETTE STATION»
Les deux hommes ont porté plainte et une enquête est en cours. «Les policiers nous ont dit qu’on avait le droit de se tenir la main partout en France et que rien ne pouvait justifier l’agression», assure Sébastien qui se réjouit de la façon dont ils ont été reçus et entendus. La qualité des images de vidéosurveillance ne permettrait toutefois pas d’identifier la femme qui les a attaqués. Elle vivrait elle aussi aux abords de la station Laumière, ce qui rend l’éventualité d’une nouvelle rencontre probable. «On évite cette station, on est terrorisés à l’idée de passer par là», confie Sébastien. La police leur a d’ailleurs recommandé de l’éviter s’ils devaient la croiser à nouveau.

«Je suis inefficace au travail, déplore Sébastien. Je revois les coups et la haine s’abattre, je ne pense qu’à ça.» Il assiste Jean-Christophe dans toutes les tâches du quotidien puisque celui-ci ne peut plus utiliser son bras droit. Mais il ne veut pas rester silencieux. Le week-end dernier, lui et son compagnon sont allés dans le Marais en arborant une affiche qui raconte leur histoire. Ils veulent toucher le plus grand nombre et espèrent que la femme qui les a agressés pourra être identifiée.

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Photos Capture, DR