Rendu public cette semaine, le rapport Not Safe At Home (Pas en sécurité chez soi) de l’organisation Human Rights Watch montre la situation alarmante dans laquelle se trouvent les personnes LGBT en Jamaïque.

CRIMES ET VIOLENCES EN TOUTE IMPUNITÉ
Outre le rejet, la violence, le harcèlement de la part d’une grande partie de la société, les autorités n’apportent que très de peu de protections aux victimes d’homophobie et de transphobie, qui vivent avec un sentiment de peur et d’insécurité permanent. Human Rights Watch a conduit une enquête de terrain auprès de 71 personnes LGBT entre avril et juin 2013: 44 ont affirmé avoir été victimes au moins une fois de violence en raison de leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre. Seules 19 de ces personnes avaient rapporté leur agression à la police, qui a pris leur déposition dans seulement huit cas. Ceux et celles qui n’ont pas porté plainte ont déclaré qu’ils/elles craignaient des représailles, ou bien que rapporter une agression homophobe ou transphobe risquait de les outer auprès de la société.

L’IMPACT DES LOIS HOMOPHOBES
L’homosexualité n’est pas illégale en Jamaïque, néanmoins le pays a conservé des «buggery laws», des lois condamnant la «sodomie» et qui criminalisent donc les relations sexuelles entre hommes. Elles datent de 1864, époque où la Jamaïque était une colonie britannique. Le rapport affirme que si rares sont les poursuites fondées sur ces lois, elles ont pourtant un «impact très négatif sur la société»: «Criminaliser les relations sexuelles entre hommes donne un accord légal pour discriminer les minorités sexuelles, et, dans un contexte d’homophobie répandue, donne une approbation sociale aux préjugés et aide à créer un contexte dans lequel l’hostilité et la violence sont dirigées contre les personnes LGBT.» Le poids de la religion chrétienne, mais aussi celui des médias et l’influence de certains chanteurs reggae ou dance hall véhiculant des préjugés homophobes et transphobes, participent aussi à ce climat. Stigmatisées, les personnes LGBT vivent avec le risque de perdre leur travail, et se voient parfois contraintes de vivre dans la rue, sans oublier que ces discriminations participent à la propagation du VIH: la Jamaïque est le pays des Caraïbes ayant le plus haut taux de prévalence parmi les hommes gays et bisexuels.

POUR UNE ACTION SIGNIFICATIVE DU GOUVERNEMENT
Le rapport propose une série de recommandations adressées au gouvernement jamaïcain: l’abrogation des articles de loi qui criminalisent les relations sexuelles entre personnes de même sexe, la mise en place d’une vraie politique anti-discrimination et d’une meilleure prise en compte des crimes de haine fondés sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre, la sensibilisation des autorités pour qu’elles soient en mesure d’aider les personnes LGBT victimes d’agressions, ou encore le lancement de campagnes contre les discriminations et les violences dans les écoles. «Durant la dernière décennie, la police jamaïcaine a fait quelques pas pour répondre au fléau de la violence homophobe, mais clairement ce n’est pas assez, déplore Graeme Reid, responsable des droits des LGBT à Human Rights Watch. Tant que les lois discriminantes resteront en place, des mesures partielles ne seront jamais adaptées.» En 2013, le militant LGBT Javed Jaghaï a contesté la validité de la loi anti-homosexualité auprès de la Cour constitutionnelle, mais face aux nombreuses pressions et intimidations reçues, il a finalement retiré sa plainte début septembre.

Lire le rapport de Human Rights Watch.

Si le lecteur ne s’affiche pas, cliquez sur Unchecked Homophobic Violence en Jamaica

Photo Human Rights Watch