L’Afrique du Sud est la preuve même qu’une législation affirmant l’égalité ne suffit pas en soi. Si elle n’est pas également sociale, l’égalité restera incomplète. C’st pour faire avancer cette égalité sociale que, quelques mois après le phénomène First Kiss et ses nombreuses parodies, la communauté LGBT du Cap, en Afrique du Sud, reprend le principe du baiser entre personnes qui ne se connaissent pas, et pousse l’idée un peu plus loin. Avant de s’embrasser, les participant.e.s, LGBT ou non, racontent leur histoire et expliquent leurs raisons de participer au projet, qu’ils ou elles soient homos, bi.e.s ou hétéros, trans’ ou cisgenres, out ou non.

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«Notre pays a été le premier au monde à affirmer l’égalité LGBT, remarque Di Neo, la réalisatrice de la vidéo. Nous avons sans doute la Constitution la plus progressiste. Et pourtant nous, les personnes LGBTI, nous trouvons reléguées en marge de la société, non désirées et non tolérées parce que nous sommes LGBTI. En tant que noir.e.s, en particulier les lesbiennes, nous sommes la cible de graves crimes de haine. La situation de notre pays, proche de la récession, fait que nos combats pour l’égalité sociale et l’accès à nos libertés civiles est en retrait, et que nous devons rester silencieux/ses et attendre.»

«C’est parce que je ne veux plus attendre, s’indigne-t-elle, que j’ai lancé ce projet, et d’autres que j’essaie toujours de financer. Mon idée, c’est d’universaliser le message, ramener les gens à l’essentiel et leur rappeler que nous sommes aussi des êtres humains!»

D’où l’idée du baiser:

«Vous êtes peut-être hétéro et vous embrassez une personne du même sexe que vous… Vous sortez de votre zone de confort, faites un effort. Vous êtes peut-être blanc.he et vous embrassez une personne noire… faites un effort, sortez de votre zone de confort. Vous êtes peut-être frivole et superficiel et vous embrassez un mec qui ne vous aurait jamais attiré… Faites-le, repoussez vos limites, vos propres préjugés. Affrontez-les, tous les jours.»

Au-delà des expériences de chacun.e et des efforts dont ils et elles font preuve pour remettre en question leurs propres préjugés, ce qui frappe dans cette vidéo, c’est que la majorité des participant.e.s sont blanc.he.s. «En tant que personne noire, j’ai lancé le projet pour réaliser une vidéo qui créerait une cohésion au sein de la communauté LGBT et j’ai réussi à trouver des participant.e.s noir.e.s pour la vidéo du Cap, explique Di Neo. Sur 38 participant.e.s prévu.e.s, quatre étaient noir.e.s et cinq étaient métis.ses – qu’ici nous appelons “coloured”. Seules les trois femmes métisses qui sont dans la vidéo sont venues le jour du tournage.»

Est-ce parce qu’il est plus difficile d’être visible quand on n’est pas blanc? «Oui. Il y a de nombreux dangers liés au fait d’être une lesbienne noire ici en Afrique du Sud. Les viols correctifs, les meurtres, etc. Alors c’est effrayant de se mettre en avant publiquement et de ne pas penser au fait d’être morte.» Il est également plus difficile d’informer cette population de l’existence du projet ou des jours de tournage. «C’est aussi une réalité, confirme Di Neo. Les personnes noires (deux lesbiennes, une bie, une hétéro et un gay) qui sont venues au tournage de la vidéo Johannesburg-Prétoria sont issues de familles noires de classes moyennes et ont accès à internet, notamment à l’université.»

La version réalisée à Johannesburg-Prétoria sera mise en ligne le 3 novembre prochain.

Photos Kei Media

Via AfterEllen.