Le Tenderloin de San Francisco était l’un des plus quartiers les plus friendly avec plus d’une quinzaine de bars où se pressait une clientèle LGBT. L’âge d’or s’est achevé et le taux de criminalité y est désormais 35 fois plus élevé que dans le reste de la ville. Il n’y a plus que l’Aunt Charlie pour proposer encore des spectacles de drag-queens derrière ses murs sans fenêtres. Le magazine Out a rencontré trois des artistes qui montent régulièrement sur scène et un court-métrage documentaire de James Hosking leur a également été consacré:

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Olivia a commencé à se travestir alors qu’elle n’était âgée que de 3 ans. C’est à l’occasion d’une rencontre inattendue avec des travestis dans un hôtel qu’elle s’est laissée tenter par le spectacle. «J’avais une loge de star, remplie de vêtements et de perruques et de chaussures, se souvient-elle. M’habiller m’a fait sortir de ma carapace.» Avant cela, pour plaire à sa mère, Olivia avait enfermé ses envies dans un placard. «Elle voulait que je me marie, parce que “ce truc d’homosexualité n’est qu’une phase”.» Olivia a donc joué l’homme hétéro, avec un mariage à 24 ans»: «Ça a duré 14 ans, mais je savais que c’était condamné dès les six premiers mois.» La routine a pris le dessus et pendant ces «14 années infernales», Olivia a fait semblant. «Le seul point positif, c’est que je suis toujours séronégative», conclut-elle aujourd’hui.

C’est tout aussi tardivement que Donna Personna est devenue une drag-queen. Elle avait 16 ans environ quand elle en a croisé pour la première fois à la cafétéria Compton. En 1966, la police y avait infligé des mauvais traitements à une cliente trans’ et les autres, trans’ et drag queens, avaient alors commencé une émeute. «Certaines d’entre elles étaient des tueuses, se souvient Donna. Elles utilisaient leurs talons pour frapper les hommes et elles avaient des clubs de golf et des pistolets.» Elle n’est elle-même devenue une drag-queen qu’à 45 ans, une fois qu’elle a réussi à mettre derrière elle sa peur de la scène. Âgée de 70 ans aujourd’hui, elle ne se voit pourtant pas arrêter, car il n’y a que quand elle se produit qu’elle a le sentiment d’être utile.

Collette La Grande, elle, est devenue drag-queen parce que toutes ses amies l’étaient. Elle assure qu’à l’époque, toutes voulaient être des femmes. Mais elle a finalement renoncé à sa transition. «J’ai été distraite et finalement, ça ne s’est pas fait, raconte-t-elle. Il a fallu attendre la fin de la trentaine et le début de la quarantaine pour que je pense sérieusement à faire une transition. Mais à ce moment-là, je me suis dit: “Tu es trop vieille.” En plus, mon premier mari n’était pas très enthousiaste à cette idée. Je ne savais pas si je voulais vraiment faire tout ce chemin. Et quand j’ai eu fini d’y réfléchir, ça n’avait plus d’importance parce que j’étais heureuse ainsi.»