[mise à jour, 13h15] Réaction de l’avocat de Stop Homophobie Me Emmanuel Asmar

Isabelle Bonal ne cache pas sa déception après l’audience de procédure qui a eu lieu hier, jeudi 16 octobre, devant le tribunal correctionnel de Paris car la circonstance aggravante d’homophobie n’a pas été retenue contre Christine Boutin. La militante est à l’origine de l’appel à porter plainte en avril dernier contre la présidente d’honneur du Parti chrétien-démocrate (PCD), poursuivie pour incitation à la haine en raison de l’orientation sexuelle. «L’homosexualité est une abomination», avait déclaré celle-ci dans une interview pour la revue Charles. Hier, la juge a annoncé que Christine Boutin sera jugée le 23 octobre 2015, soit dans un an. La circonstance aggravante d’homophobie a été abandonnée «car [Christine Boutin] attaque l’orientation sexuelle et non les personnes en tant que telles», explique, amère, Isabelle Bonal.

Au total, 10000 plaintes ont été adressées au parquet. «La juge a dit que c’est la première fois que Christine Boutin fait l’objet d’une plainte, son casier est complètement vierge», précise la militante qui ne veut pas se laisser abattre et reconnaît que ces cinq mois passés à porter l’affaire se soldent malgré tout par un constat positif: «Je ne pensais pas que nous serions aussi nombreux/ses. Et puis ce n’est pas terminé. Il faut désormais se porter partie civile, donc nous allons nous mobiliser et travailler avec l’Inter-LGBT, qui avait aussi déposé plainte pour diffamation et incitation à la haine, et avec Stop Homophobie. Je suis contente malgré tout, car beaucoup de gens m’ont dit que les plaintes ne seraient même pas retenues.» D’après Isabelle Bonal, les avocat.e.s de Christine Boutin vont probablement l’exhorter à faire profil bas pendant l’année à venir: «Elle est dans le collimateur de la justice.»

Contacté par Yagg, l’avocat Me Emmanuel Asmar a donné son point de vue sur cette décision: «La bataille va être longue et je comprends la déception des militant.e.s, mais les tribunaux sont très encombrés et tout le monde est traité de la même manière, a-t-il déclaré. Un an, c’est en effet long, mais je dirais qu’il y a des signes encourageants, même si ça ne garantit pas une issue positive. Le fait que le procureur ait renvoyé Christine Boutin sur citation en correctionnelle, cela signifie en filigrane que le parquet partage notre avis. C’est donc une décision forte.» Selon lui, la difficulté principale a été de qualifier la plainte: «Dans le cas précis des propos de Christine Boutin, elle ne vise pas une personne en particulier, on ne pouvait donc pas parler d’insulte ou de diffamation. Nous nous sommes donc appuyés sur l’article 225-1 du code pénal, et l’article 24 de la loi du 29 juillet 1881 pour qu’elle soit poursuivie pour incitation à la haine en raison de l’orientation sexuelle.»

Photo Stanjourdan