Rendu populaire par son rôle de Sherlock Holmes dans la série éponyme, Benedict Cumberbatch est quelque peu perplexe à la vue de la croissance exponentielle de fanfictions qui sont consacrées à son personnage et à celui de son assistant, Watson. S’il s’efforce d’être froid, distant, sarcastique, acerbe et asexué lorsqu’il incarne le célèbre détective, les productions de fans le montrent sous un tout autre jour, a-t-il confié au magazine Out.

«Il y en a toujours un qui est fatigué, qui rentre du travail, l’autre qui est excité et qui a une bosse dans son pantalon et c’est parti! D’ordinaire, c’est toujours moi qui finis par mordre la plaque d’identité militaire de Watson.»

«ALAN TURING, NOUS L’AVONS TUÉ»
Et les fans qui espéraient voir une configuration similaire se produire dans The Imitation Game, où il incarne le mathématicien gay Alan Turing, en sont pour leurs frais: le film ne contient pas de scène de sexe entre hommes. Mais le comédien y voit une leçon pour notre époque: «Ce n’est pas un cours d’histoire, mais un avertissement parce que ce qu’on raconte pourrait très facilement se produire à nouveau, a-t-il expliqué. Des gens se font décapiter dans des pays en ce moment même en raison de leurs croyances ou de leur orientation sexuelle. C’est terrifiant, c’est moyenâgeux… Une décapitation! J’en viendrais aux mains si quelqu’un m’obligeait à croire en sa religion sous peine de mort. Je me battrais, je me battrais jusqu’à la mort. Et je crois que plus on avance en âge, plus on comprend ce qui est bien et ce qui est mal. On ne peut pas tout tolérer. Il y a un moment où il faut l’affirmer: “Le fondamentalisme religieux, c’est mal.”»

Ce n’est pas la seule chose à laquelle Benedict Cumberbatch réagit avec colère. La grâce accordée par la reine Elizabeth II à Alan Turing plus de 60 ans après sa condamnation pour homosexualité le fait sortir de ses gonds: «C’est une insulte, s’est-il exclamé. La seule personne qui devrait avoir à accorder son pardon, c’est Alan Turing, mais il ne peut pas parce que nous l’avons tué. Et ça me met vraiment en colère. Vraiment très en colère.» Jouer le rôle du mathématicien a obligé le comédien à se replonger dans l’histoire. Et à mieux comprendre pourquoi un homme aussi éclairé et intelligent n’a pas trouvé le moyen d’échapper à la condamnation.

«IL N’A JAMAIS REÇU L’AMOUR QU’IL MÉRITAIT»
«Il n’était pas du style à réagir aux événements avec une manifestation, c’était juste un modèle pour toutes les personnes qui se sentent différentes, a expliqué l’acteur. Et c’est tragique, parce que quelle que soit la façon dont on regarde sa vie, on comprend pourquoi il était différent, pourquoi il bégayait, pourquoi il s’isolait dans son travail. On voit aussi pourquoi il était incapable d’entretenir la moindre relation – quelle qu’elle soit – avec des hommes, et c’est parce qu’il n’a jamais reçu l’amour qu’il méritait. Et malgré tout, cet homme a inventé la mécanisation des mathématiques, l’ordinateur. Il a découvert, au travers de la cryptographie, le code Enigma, ce qui signifie qu’il a sauvé des millions de vies et, alors que son corps était en pleine mutation, a travaillé sur la façon dont l’environnement provoque des changements dans la structure des cellules. Dieu seul le sait, mais il aurait probablement été aussi célèbre que Bill Gates. Il ne fait pas l’ombre d’un doute qu’il aurait été un emblème du monde moderne.»

Un modèle qui aurait pu ouvrir la voie: Benedict Cumberbatch s’étonne que les mêmes préjugés éprouvés par Alan Turing de son vivant soient encore présents de nos jours dans l’industrie du cinéma. «Quand on veut se vendre pour un premier rôle à Hollywood, dire “je suis gay”, c’est malheureusement un énorme obstacle. On connaît tou.te.s des acteurs/trices homos qui ne veulent pas en parler, l’évoquer ou qui le nient. Je ne sais pas vraiment comment ces personnes font pour s’en sortit. Les mouvements pour les droits humains et les droits sexuels et les droits des homos ont réalisé des avancées considérables dans la société au cours des 40 dernières années, mais il y a toujours beaucoup de travail à faire. C’est extraordinaire qu’à chaque fois que se présente le moindre problème, on trouve toujours un bouc émissaire très très très rapidement.»

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