En dépit de ses efforts pour instaurer un État de droit et se rapprocher du Conseil de l’Europe, le Kirghizistan menace d’attaquer les droits humains des personnes LGBT. Ce mercredi 15 octobre, par 79 voix contre 7, le Parlement y a adopté en première lecture un texte déposé il y a six mois et visant à punir d’un an d’emprisonnement la «propagande» de l’homosexualité. Pour entrer en vigueur, le texte doit être voté encore deux fois par le Parlement et des député.e.s ont d’ores et déjà appelé à en durcir le contenu lors de la seconde lecture.

INTERDICTION DE TENIR UN ÉTABLISSEMENT ACCUEILLANT DES HOMOS
«Cette proposition de loi n’a pas pour objectif d’empiéter sur les droits de qui que ce soit, mais de protéger et de défendre la famille traditionnelle, ainsi que les valeurs humaines, morales et historiques de la société, en prenant en compte la mentalité du peuple kirghize», a réagi le Parlement à des critiques adressées par l’ambassade des États-Unis. Celle-ci a proclamé que «peu importe le pays, chacun.e a le droit de vivre librement. On ne doit pas être tenu.e au silence ou mis.e en prison en raison de ce qu’on est ou de la personne qu’on aime.» Le texte, décrit comme «flou» par EurasiaNet, vise toutes les personnes ayant une attitude positive à l’égard des relations sexuelles non-traditionnelles. Des termes qui ne sont pas sans rappeler la loi similaire adoptée par la Russie en juin 2013.

Un des député.e.s à l’origine de la proposition, Kurmanbek Dykanbayev, a indiqué à Reuters que cette loi empêchera «de tenir un établissement homo, des bars homos ou d’organiser des défilés homos». À la radio la semaine dernière, il avait également critiqué «la dégénérescence morale de l’Occident» qui «encourage l’homosexualité». L’association LGBT Labrys, implantée dans la capitale, Bichkek, pourrait être dissoute si la proposition de loi entre en vigueur. Elle compte néanmoins sur la Constitution et les engagements internationaux du Kirghizistan, notamment en termes de droits humains, pour que la proposition soit finalement abandonnée.

MOBILISATION
Mais au-delà de ce texte, sa situation est fragilisée par une autre proposition de loi, elle aussi calquée sur une loi russe, qui prévoit de contrôler les organisations qui reçoivent des subventions provenant de pays étrangers. À en croire des militant.e.s sollicité.e.s par EurasiaNet, des responsables politiques kirghizes ont été payés par la Russie pour que celle-ci dispose d’un nouvel allié contre l’Ouest. Et les droits des personnes LGBT font les frais de ce jeu d’échecs géopolitique.

L’association Labrys appelle chacun.e à se mobiliser pour que la situation locale soit connue du plus grand nombre et interpelle la communauté internationale. Il suffit d’imprimer un message d’égalité sur une feuille de papier ou une pancarte avec le mot-clé #supportLGBTkg, de se prendre en photo en mettant en avant le message et d’envoyer le tout à kyrgyzlabrys@gmail.com. L’image pourra alors être diffusée sur Facebook et sur d’autres réseaux sociaux, montrant l’implication de chacun.e envers les militant.e.s et les associations locales qui se battent pour le respect des droits humains.

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