Lundi 13 octobre, des classes de seconde du lycée Claude Monet du 13e arrondissement ont assisté au Conseil Régional à la première session des «Après-Midi du Zapping» 2014. Cet outil pédagogique créé par Solidarité Sida en 2003 et animé par une chargée de prévention de l’association et un comédien, alterne extraits du zapping de Canal+ et quiz ludique autour de la prévention et de la sexualité. Yagg était présent pour ce lancement.

RENDRE LES JEUNES RÉCEPTIFS GRÂCE AU DIVERTISSEMENT
Il est 14 heures. Pauline et Sébastien, les deux animateurs de Solidarité Sida viennent de lancer la première vidéo de la session. Tout commence par la découverte par les lycéens d’anciens spots de prévention qu’ils ne connaissaient pas ou même des moments de télévision, comme le baiser de Clémentine Célarié lors du premier Sidaction en 1994, mélangés avec des images plus divertissantes: Harlem Shake, but magistral de Zlatan Ibrahimovic…

N’est-ce pas un risque de les voir se concentrer davantage sur ce qui les amuse que sur le vrai message de prévention? «Le zapping est un outil très pédagogique, affirme Pauline.

«Il faut capter l’attention de ces jeunes pendant trois heures, on est face à une génération qui a énormément évolué et qui aujourd’hui a l’habitude de passer d’une info à une autre, d’une vidéo à une autre.»

Pauline poursuit: «Quant aux images choisies, elles ne le sont pas par hasard, on voit quelqu’un qui surfe sur une vague immense, qui fait un saut en chute libre, c’est une façon de montrer des prises de risques pour les amener vers des messages de prévention. Ça ne se limite pas à du divertissement. Notre but c’est de leur apprendre à gérer ces risques. Quand on aborde le thème de l’alcool et des drogues, ce n’est pas dans notre intérêt de nier qu’ils en ont déjà consommé ou qu’ils vont peut-être le faire, ni bien sûr de les inciter à consommer, mais de les accompagner pour qu’ils soient au courant des risques et qu’ils sachent comment les gérer.»

«QUELQUE CHOSE QUI NOUS SERVIRA TOUTE NOTRE VIE»
Quand vient la partie questionnaire, on constate rapidement que ces jeunes connaissent déjà beaucoup de choses sur le sida: ce que cet acronyme signifie, la plupart des modes de transmission. Quelques idées reçues subsistent, comme la possibilité de contracter le virus par une piqûre de moustique, mais grâce aux deux intervenants, la vérité est rétablie, et surtout expliquée avec humour.

Le préservatif comme moyen de se protéger du VIH et des différentes IST permet de faire le lien avec la contraception. Là encore, ces jeunes âgé.e.s de quinze à seize ans sont globalement bien informés et possèdent un savoir théorique. Pourtant concernant la mise en pratique, certaines compétences ne sont pas forcément acquises. A la pause, tou.t.e.s les participant.e.s sont invité.e.s à découvrir comment s’utilisent les préservatifs féminin et masculin. Léa, Cyriane et Imane l’affirment, elles savent qu’il sert à se protéger, mais elles n’ont jamais appris à mettre correctement un préservatif, que ce soit au collège en cours de SVT ou ailleurs. «Au moment de ma première fois, je saurais comment faire», affirme Imane, qui vient d’apprendre les rudiments à un des stands de Solidarité Sida. «Ce qu’on apprend cet après-midi, c’est important, c’est quelque chose qui nous servira toute notre vie», confirme Léa. Certains spots leur ont beaucoup plu, notamment parce qu’ils les ont fait rire. D’autres leur paraissent «tristes» et «plombants», notamment Avant… mais après réalisé en 1994 par Tonie Marshall avec Mathieu Kassovitz: «Celui-là, il faisait vieillot, alors je me suis sentie moins concernée, commente Cyriane. En fait, il m’a surtout fait de la peine.»

ATTENTION: SUJETS SENSIBLES
La seconde partie de l’après-midi permet d’aborder plusieurs thématiques autour de la sexualité: la masturbation (Les filles peuvent-elles se masturber? Où est et à quoi sert le clitoris?), le consentement (Est-ce un viol, lorsqu’un garçon oblige sa petite amie à avoir un rapport sexuel?), la pornographie (L’image des femmes que donnent ces films est-elle positive?), ou encore le harcèlement sur les réseaux sociaux. Les jeunes n’hésitent pas à réagir et poser des questions à Pauline et Sébastien qui délivrent un discours de proximité sans tabou, avec des situations concrètes permettant de déconstruire au passage certains clichés, plus particulièrement sur les rapports filles/garçons. Néanmoins, les intervenants sont parfois confronté.e.s à des réactions vives sur certaines thématiques, comme le raconte Pauline: «On a parfois des débats enflammés, notamment par rapport à la religion. On va être face à des jeunes complètement hermétiques à notre discours, parce qu’ils nous disent qu’ils doivent attendre le mariage pour avoir leur premier rapport. Sans aucun jugement, nous prenons le temps d’échanger avec eux. Autre sujet qui peut parfois être sensible, la thématique de la culture du viol. On entend des réflexions comme “elle l’a cherché”, “elle n’a qu’à pas s’habiller comme ça” et autres. Je ne sais pas si ce sont des provocations ou l’effet de groupe, toujours est-il que nous sommes là aussi pour rappeler ce qu’est un viol, ce qu’est une agression sexuelle, les chiffres concernant les maltraitances faites aux femmes. Mais il nous arrive aussi d’avoir des garçons qui prennent la parole pour dire qu’eux ne se reconnaissent pas dans ces discours, et pour affirmer qu’ils respectent les filles.»

Pauline mentionne par ailleurs certaines réactions outrées, à un moment où deux garçons s’embrassent dans un des courts métrages présentés (Omar, un des films de la collection Jeune et homo sous le regard des autres réalisée par l’Inpes):

«Le court-métrage nous permet d’aborder précisément cette thématique de l’homosexualité et de l’homophobie. Tout au long de l’après-midi, on tient un discours inclusif mais on ne rentre pas dans le vif du sujet. Face à 200 personnes, c’est très compliqué à traiter car c’est impossible de déconstruire les clichés.»

«C’est un travail qui se fait en plus petit groupe, et des associations comme le MAG ou SOS homophobie le font très bien. Le choix de ce spot est fait pour montrer qu’on était contre toutes les formes de discriminations.»

Un autre sujet est éludé au cours de l’après-midi, le lien entre le VIH et la communauté gay: «Nous avons choisi de ne pas en parler avec ce public, confirme Pauline. On ne donne pas de statistiques sur le taux de prévalence pour ne pas prendre le risque de stigmatiser les jeunes homos qui peuvent être dans la salle. Nous privilégions de nous adresser de façon plus large à tout le monde, en montrant tous les modes de contaminations et tous les bon gestes et les bonnes pratiques, quelque soit la sexualité. Le message que nous délivrons c’est que tout le monde peut prendre des risques, afin de ne pas cibler une partie de la population en particulier. Ce serait contre-productif. Être homo, ça peut être déjà compliqué au lycée, alors dans ce cadre, on ne veut pas ajouter de la stigmatisation.» Pauline mentionne enfin un changement dans la perception de leurs interventions dû principalement au climat actuel: «C’est un peu plus tendu depuis l’an dernier. Même si les professeurs nous sollicitent toujours et sont contents de notre travail, on sent qu’ils appréhendent des réactions négatives sur le dispositif, par exemple des retours de la part de parents qui ne voudraient pas qu’on aborde ces sujets à l’école…».

Cette année, 8 000 élèves de lycées vont suivre des sessions «Après Midis du Zapping» en région parisienne ainsi qu’en Champagne-Ardennes, Rhône-Alpes et Pays de la Loire.

Photos Maëlle Le Corre