La communauté LGBT ne pourra probablement pas gérer elle-même quels organismes seront autorisés à utiliser le nom de domaine .gay sur Internet. Dans son rapport en date du 6 octobre, l’autorité régulatrice des noms de domaine, l’ICANN (l’Internet Corporation for Assigned Names and Numbers) a rejeté la candidature avancée par l’organisation dotgay qui prévoyait d’agir pour le compte de la communauté LGBT et comptait reverser aux associations deux tiers des gains engrangés par la gestion du nom de domaine. L’échec de dotgay laisse la porte ouverte à la mise aux enchères du .gay qui pourrait finir dans l’escarcelle d’une entreprise commerciale.

«RENTABILISER L’INVESTISSEMENT»
«L’heureux gagnant aura comme seul intérêt de rentabiliser son investissement, et de revendre des noms de domaine au tout venant, logiquement aux sites pornographiques», a relevé le militant Marc Naimark sur son blog Yagg. Sur Slate, il fustige férocement la décision de l’ICANN, qui a estimé que le .hotel avait une dimension communautaire, mais n’a pas considéré de la même façon le .gay.

Le rapport de l’ICANN donne des éléments d’explication. Pour qu’un nom de domaine soit considéré comme communautaire et soit donc géré par une organisation représentative de cette communauté, l’ICANN a exigé de chaque organisme candidat de définir la communauté qu’il compte couvrir. C’est ce qu’a fait dotgay en décrivant comme membres de la communauté LGBT toutes les personnes qui ont fait leur coming-out et qui ont un lien avec un «partenaire authentique», soit l’une des 240 organisations communautaires. Pour dotgay, plus de 7 millions de personnes étaient ainsi concernées. L’ICANN a approuvé cette définition précise et chiffrée, mais a estimé qu’elle ne correspondait pas à la réalité.

«ON NE RENTRE PAS DANS LEUR DÉFINITION DE LA COMMUNAUTÉ»
Car pour l’ICANN, le nom de domaine .gay doit couvrir l’ensemble de la communauté homo, au sens large, ce qui comprendrait 70 millions de personnes dans le monde. Pas assez représentative et reconnue parmi cette vaste communauté, dotgay n’a eu que 10 points sur les 14 requis pour se voir attribuer la gestion du nom de domaine. L’ICANN lui a notamment reproché d’inclure les trans’, qui ne sont pas nécessairement homos, et les hétéros «allié.e.s» des causes LGBT.

Cette décision intervient «en dépit des appels gouvernementaux et d’autres organisations de protéger les communautés, particulièrement celles qui sont vulnérables», a réagi auprès de Yagg Jamie Baxter, vice-président du marketing de dotgay. «L’ICANN a décidé qu’on ne rentrait pas dans leur définition de la communauté», a-t-il déploré avant de préciser que dotgay compte faire appel de la décision. Toutefois, seules les décisions entachées d’une erreur peuvent faire l’objet d’un appel et l’ICANN n’a que très rarement autorisé cette procédure. Pour se faire entendre, dotgay compte sur les retombées médiatiques de la décision de l’ICANN et sur les réseaux sociaux où le mot-clé #ICANNisBroken est de plus en plus utilisé.

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