Samedi prochain à Paris, a lieu l’Existrans, défilé annuel des trans’, des intersexes et de tous ceux et de toutes celles qui soutiennent le droit de choisir son corps social et, donc, sa vie. Celui de ne plus être l’objet des pires discriminations, celles de l’opprobe et de l’ignorance légale qui trouvent leur expression dans la violence quotidienne.

«LE COMBAT DE LA GAUCHE ET DE TOU.TE.S LES DÉMOCRATES»
Or, encore une fois, le 5 octobre dernier, Paris a été le théâtre du déferlement de haine de la «Manif pour tous». Nicolas Sarkozy et de nombreux/ses responsables de l’UMP ont instrumentalisé la question de l’égalité des droits à des fins électorales tandis que le gouvernement socialiste, abdiquant sur la PMA et étouffant les débats sur la GPA, a fini d’entériner ses renoncements. Pourtant, ce combat pour l’égalité, devrait être celui – sans aucune hésitation possible – de la gauche et de tou.te.s les démocrates. Et malheureusement, de part et d’autre de l’échiquier politique, la raison de ces lâchetés est bien peu glorieuse. À droite, il s’agit de surfer sur le mécontentement et, par une opération à peu de frais, on le fait là où le lobby est le moins fort tout en caressant dans le sens du poil quelques soutiens religieux extrémistes ayant accès aux médias. À gauche, et c’est le plus triste, il ne s’agit pas d’idéologie, ni de valeurs, ni d’écoute d’une partie de la population, ni même d’une volonté de trouver un «juste milieu». Ces trahisons sont avant tout liées à une représentation étriquée et simpliste de notre société, pensée par ces gouvernants affolés comme forcément fracturée, forcément conservatrice.

Et pourtant la réalité sociale est bien loin de celle dont nous abreuvent les chaînes d’infos en continu. Petit à petit, dans tous les milieux sociaux, l’acceptation de l’homosexualité avance. Dans tous les milieux sociaux, des modèles familiaux variés s’imposent et essaiment. Pas étonnant qu’un récent sondage ne donne que 17% des Français.es pour soutenir la «Manif pour tous», et que pendant que 70000 réactionnaires défilent dans la rue, France 2 diffuse un reportage sur un couple d’hommes engagés dans une GPA avec une mère américaine sans pour cela mettre la France en péril.

Certes, la situation des personnes LGBT est encore très loin d’être idyllique en France. Les suicides des jeunes homos sont encore trop nombreux, les actes homophobes perdurent. Plus encore délaissé.e.s par le droit commun et objets de tabous très puissants touchant à la fois au genre et à la sexualité, les trans’ sont stricto sensu opprimé.e.s. Les inégalités et les discriminations sont leur lot quotidien: un.e trans’ ne peut pas aller chercher son courrier à la Poste parce que son état civil n’est pas celui qu’il/elle donne à montrer. S’il ou elle se fait agresser sexuellement, la peur d’être la risée de l’autre et en particulier de l’institution est un frein majeur à tout dépôt de plainte. Trouver un travail, s’ils ou elles ne se sont pas fait.e.s opérer en suivant un véritable chemin de croix administratif et médicalisé, leur est presque impossible excepté dans les milieux très spécifiques liés le plus souvent au spectacle.

Il est parfaitement indécent de continuer à ne pas donner à chacun.e la liberté de choisir son genre pour l’état civil. Aussi, au lieu de craindre la société en refermant, comme l’a fait brutalement Manuel Valls, le chapitre du quinquennat concernant l’égalité des droits, nous pensons au contraire qu’il faut aller plus loin. Une raison d’être majeure de la gauche et des écologistes est d’opposer à une vision univoque et régressive de la société une confiance dans ses capacités de transformation.

«UN PROJET OUVERT À LA DIVERSITÉ»
La bataille pour l’égalité des droits n’est perdue que si on refuse de la mener. Aux discours anti-PMA pour les lesbiennes, aux refus en bloc de la GPA, au rejet des trans’, nous devons opposer un projet ouvert à la diversité et attentif à la réalisation des projets de vie de chacun et de chacune. Nous pensons qu’il nous faut être partout où les discriminations meurtrissent les individus et dénaturent les valeurs républicaines. Dans cette lutte, nous pouvons mobiliser une partie de cette société avide de changement et de nouveaux horizons, nous pouvons trouver des allié.e.s partout et en faire venir à nous. Nous voulons réaffirmer qu’il est possible de «faire avec» et non «faire contre».

Nous serons donc à l’Existrans car nous refusons de voir une communauté subir une oppression sociale, légale et médicale dans son parcours identitaire, car nous voulons pour les trans’ et les intersexes une vraie politique d’égalité et de lutte contre les discriminations, car il est pour nous intolérable de constater que rien n’est fait pour sortir la transidentité de la catégorie maladie mentale au niveau de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Nous serons à l’Existrans parce que c’est notre place en tant qu’écologistes, comme c’est la place de toutes celles et tous ceux qui n’ont pas peur des autres et qui ont le désir de transformer le monde. Nous serons à l’Existrans car nous sommes certain.e.s que nous ne sommes pas seul.e.s dans ce combat et que c’est là, aussi, que se dessine une société plus apaisée et plus respectueuse.

Anne Souyris et David Belliard, coprésident.e.s du Groupe écologiste au Conseil de Paris

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Les intertitres sont de la rédaction.