Pour le philosophe Bertrand Guillarme, la France s’est jusqu’ici contentée de promouvoir la liberté de procréation de façon négative, en défendant la liberté de contraception de chaque femme. Lui estime qu’il faut aller plus loin en considérant la liberté de procréer comme une liberté fondamentale.

«L’affirmation minimale serait de reconnaître que, dans le domaine de la procréation, l’État ou la société ne s’immiscent pas dans la vie des citoyens, et qu’ils sont donc libres de passer entre eux des accords pour réaliser la liberté de ne pas avoir, mais aussi celle d’avoir, des enfants, a-t-il confié à Taina Tervonen et Mathieu Nocent lors d’un entretien. Une façon plus ferme de revendiquer cette liberté consisterait à admettre que la société politique a l’obligation de fournir aux citoyens qui souhaitent procréer les ressources nécessaires pour le faire, qu’il s’agisse de ressources techniques ou de services humains.»

Pour justifier ses positions, Bertrand Guillarme s’appuie notamment sur les travaux de John Rawls. Il voit «la liberté de procréer comme une liberté civile pour laquelle l’État et la société politique sont comptables d’une forme d’égalité des chances». Au nom de la justice distributive, l’ensemble de la société ferait en sorte que chacun.e puisse accéder à la possibilité de procréer.

Il évoque aussi la féministe Paola Tabet, pour laquelle «l’émergence des maternités pour autrui est un signe de l’effritement de l’exploitation absolue du travail procréatif des femmes dans le mariage», explique-t-il. «Si l’on considère les mères porteuses comme des femmes exploitées, avance-t-il, on devrait conclure en toute logique que les femmes mariées qui font le même travail sans rémunération sont encore plus exploitées. Si on interdit les contrats de maternité de substitution pour cause d’exploitation des travailleuses, interdisons aussi le mariage!»

Un entretien à lire sur Sautez dans les flaques.

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