La sociologue Berenice Bento propose une analyse d’un phénomène particulièrement alarmant au Brésil, le «transféminicide», qui désigne «une politique éparse, intentionnelle et systématique d’élimination de la population trans’ au Brésil, avec pour mobiles la haine et le dégoût.» Selon les informations récoltées par les ONG brésiliennes, 121 personnes trans’ ont été assassinées en 2013, un nombre officiel qui serait en fait bien en deçà de la réalité.

Berenice Bento considère que les meurtres transféminicides sont symptomatiques d’une vision de la place de la femme dans la société: «Si le féminin représente ce qui est dévalorisé socialement, quand ce féminin est incarné dans des corps nés avec un pénis, il se produit un débordement de la conscience collective, structurée autour de la croyance que l’identité de genre est l’expression du désir de chromosomes et d’hormones. Quelle est la signification de ce débordement? Qu’il n’existe pas d’appareil conceptuel, linguistique, justifiant l’existence des personnes trans.» Il en résulte alors un rejet et une stigmatisation, qui peuvent justement aller jusqu’à la violence et le meurtre:

«Toute sa vie, la personne trans’ lutte pour se voir reconnaître un genre différent de celui imposé à la naissance; pourtant, elle sera considérée homme lors de sa mort, et même la comptabilité des morts effectuée par les activistes n’insiste guère sur la dimension du genre. Il y a un processus continu d’élimination et d’extinction de la personne assassinée.»

Elle signale par ailleurs l’invisibilisation de ces crimes lorsqu’ils passent pour homophobes.

La sociologue est parvenue à dégager six occurrences pour qualifier ces assassinats: le genre comme motivation du meurtre (et non l’orientation sexuelle), la mort ritualisée et spectaculaire qui témoigne d’une extrême violence et d’un acharnement, l’absence de poursuites pénales pour les auteurs du crime, l’absence de cérémonie funéraire de la part de la famille, le non-respect du genre de la personne assassinée dans l’acte de décès, et le fait que l’assassinat a le plus souvent lieu dans les espaces publics.

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Photo Pedro Rocha