Première question adressée hier, lundi 6 octobre, à Nicolas Sarkozy lors d’une réunion publique à Vélizy, dans les Yvelines: «Aurez-vous le courage de revenir sur la loi Taubira, de l’abroger?» Les applaudissements du public et les cris «abrogation!» ont donné de claires indications sur les attentes de la salle, où l’on a pu apercevoir quelques drapeaux de la «Manif pour tous», rapporte l’AFP. Une salle que l’ancien président de la République a cherché à contenter dans une longue réponse d’une quinzaine de minutes (à partir de 36′ environ):

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«LES FAMILLES NE VOTENT PAS POUR EUX»
«Madame, merci de cette question, a-t-il commencé. Quand vous dites la loi Taubira, le mot est devenu un symbole, le symbole du sectarisme dans ce qu’il a de plus caricatural. C’est effrayant, a-t-il répété. Il faut vraiment ne rien comprendre à ce qu’est l’être humain pour faire de la famille un choix politique. La famille n’est pas un choix politique. Il (sic) n’est pas un choix politique de droite, il n’est pas un choix politique bourgeois, il n’est pas un choix politique conservateur. La famille n’est pas un choix pour l’homme depuis qu’il est conscient de son destin particulier, parce que l’homme n’est pas fait pour vivre seul. À l’époque de la grotte de Lascaux, il y avait 10000 habitants sur un territoire grand comme l’Europe. Et ils se mettaient ensemble en horde, en bande, en famille. La famille, c’est au-delà du choix, c’est une nécessité vitale. Et c’est assez fascinant de les voir s’attaquer à tout ce qui marche dans notre pays et refuser de toucher à tout ce qui ne marche pas», a taclé Nicolas Sarkozy en faisant référence aux mesures annoncées par le gouvernement pour réduire le coût de la politique familiale.

Il a dressé un parallèle entre les familles et les professions règlementées: «Pourquoi s’attaquer à eux?, a-t-il demandé. Ils pensent que les familles ne votent pas pour eux et que les professions règlementées ne votent pas pour eux. C’est un scandale, c’est une erreur colossale.»

«IL Y AURA UN TRAVAIL DE RÉÉCRITURE»
Il a également évoqué l’avis de la Cour de cassation, qui a considéré que le fait que deux femmes recourent à une PMA à l’étranger ne constitue pas un «obstacle» à ce que la mère non-biologique soit reconnue mère de l’enfant grâce à une adoption. Une solution qui ne convient pas à Nicolas Sarkozy. L’ancien chef de l’État estime que «la décision de la Cour de cassation crée un lien entre mariage et filiation». Cela fait pourtant plus de deux siècles que la présomption de paternité est inscrite dans le Code civil.

Nicolas Sarkozy a poursuivi en parlant de son opposition à la gestation pour autrui (GPA) (qui ne figure pas dans la loi Taubira, pas plus que la PMA): «Ce n’est pas la peine de s’opposer entre nous pour savoir s’il faut abroger le tout ou partiellement: de toute façon, il y aura un travail de réécriture parce que nous ne pouvons pas accepter la GPA pour les couples homosexuels comme pour les couples hétérosexuels. Excusez-moi je veux préciser cela, car la GPA n’est pas une question simplement pour les couples homosexuels. De mon point de vue, c’est un problème aussi pour les couples hétérosexuels. Par conséquent, il va falloir mettre des verrous, pour que nous ne soyons pas conduits de la Convention européenne des droits de l’Homme à la Cour de cassation dans une direction qui est celle de la mercandisation (sic) de l’enfant. Je veux d’ailleurs de ce point de vue dire que le droit à l’enfant est une expression insensée. Il n’y a pas de droit à l’enfant pour tous ceux qui, comme nous, considèrent que la vie est un mystère – pour ceux qui croient, c’est un mystère dans la logique de la transcendance, pour ceux qui ne croient, pas c’est un mystère tout court. Il y a un désir d’enfant qui n’a rien à voir avec un droit à l’enfant. Si par ailleurs, vous rentrez dans la question du droit à l’enfant, vous mettez le doigt dans un engrenage épouvantable parce que s’il y a un droit à l’enfant, on va vous demander un droit à avoir un enfant excellent en maths et remarquable en français, avec des jambes d’un mètre quatre-vingt dix, des yeux bleus et des boucles blondes. Vous me l’aviez promis, j’ai le droit moi aussi. On voit bien que c’est une évolution folle.»

PAS D’HOMOSEXUALITÉ «DANS LE DÉBAT PUBLIC»
Après avoir opposé les familles aux homosexuel.le.s sur France 2, Nicolas Sarkozy a récidivé hier: «Je n’ai aucune intention de singer ce gouvernement qui a utilisé la problématique du mariage homosexuel contre les familles, qui a divisé les Français, qui a généré des sentiments et des paroles qu’on aurait mieux aimé ne pas entendre, et créé les conditions d’un affrontement qu’il n’y a pas lieu d’avoir. Pour une raison très simple: je suis de ceux qui pensent qu’on ne choisit pas sa sexualité. Donc il s’agit de ne reprocher à personne sa sexualité, ce qui serait une abomination. Je veux que les choses soient claires entre nous.»

Pas de condamnation de l’homosexualité de sa part donc, mais une invitation à rester dans le placard: «Je suis d’ailleurs effaré que cette question de la sexualité, qui est une affaire profondément privée, devienne un élément du débat public. Je ne sais pas si on a perdu toute pudeur, toute raison, mais moi j’ai été élevé avec une éducation où on ne parlait pas de ça. Maintenant, on doit parler aux gens en fonction de leur sexualité. Non, moi, je parle aux Français, à ceux qui votent, à mes compatriotes, qui font ce qu’ils veulent de leur vie, ça ne me regarde pas. Moi-même, je n’ai pas à afficher des pratiques… Enfin, on est où? Jusqu’à où (sic) va-t-on abaisser le débat public? Notre formation politique doit considérer qu’on soit homosexuel ou hétérosexuel comme des citoyens (sic). Cette question-là n’a pas à rentrer dans le débat public.»

«JE CROIS À L’UNION CIVILE»
Nicolas Sarkozy l’avait toutefois introduite dans le débat public en proposant l’union civile pour les couples de même sexe pendant sa campagne de 2007. Une mesure qu’il n’a pas mise en œuvre pendant son mandat. «Non pas parce que je n’y croyais plus, a-t-il assuré à Vélizy. Je crois à l’union civile, parce que je pense qu’on soit homosexuel ou hétérosexuel, on a le même besoin d’amour. Je viens de dire qu’on n’est pas fait pour être seul, on a besoin de s’inscrire dans un projet partagé avec quelqu’un. Je ne l’ai pas fait parce qu’il y a eu la crise de 2008, très grave. Et je me suis dit: que vont penser les Français si, alors que le chômage augmente, la crise financière risque de tout emporter, le président de la République trouve rien de mieux que de proposer aux parlementaires de s’occuper avec l’union civile? Ça me paraissait totalement déplacé par rapport à la situation qui était la nôtre. J’ajoute que les périodes de crise économique sont des périodes de rétractation parce que les gens sont tendus, les gens sont inquiets, les gens ont peur. Ce n’est pas dans ces moments-là qu’il faut proposer de tels changements.»

Interviewé par Têtu en 2012, Nicolas Sarkozy avait pourtant une toute autre explication: «Après analyse, les juristes ont indiqué qu’il était anticonstitutionnel de réserver ce contrat d’union civile aux seuls homosexuels, qu’il devait aussi être ouvert aux hétérosexuels. Du coup, ce n’était plus le mariage des homosexuels entre guillemets, mais un substitut au mariage. Dans ces conditions, j’ai estimé, à tort ou à raison, qu’une telle disposition aurait vidé le mariage de tout son sens.»

«QUAND ON MENT, ON SÈME LA COLÈRE»
Ce retournement de veste ne l’a pas empêché d’en fustiger un autre: celui de Manuel Valls sur la GPA. «C’est vraiment le visage de la politique que je n’aime pas, a commenté Nicolas Sarkozy. Quand vous pensez que dans la campagne des primaires socialistes, celui qui allait devenir le Premier ministre a déclaré qu’il était pour la GPA, quelle ne fut pas ma surprise quand je lis dans La Croix y a deux jours que non seulement il est devenu contre, mais qu’il va mener une campagne dans le monde entier contre. Mes chers amis, je ne dis pas ça pour le ridiculiser car la position est déjà ridicule en soi. Je dis ça pour que vous compreniez ce que doivent ressentir des gens qui sont nos compatriotes, même s’ils ne partagent pas nos idées, à qui on a promis quelque chose et à qui on tourne le dos avec une telle violence et un tel cynisme à ce qui fut la promesse de M. Valls quand il était candidat à la primaire socialiste. Ne nous mettons pas dans cette situation. Et qu’on ne vienne pas s’étonner de voir de la colère et de la violence en France. Parce qu’en France, on peut parfaitement accepter qu’on ne soit pas d’accord avec le pouvoir en place, j’ai bien connu ça. Mais quand on ment, on sème la colère. Et quand on a semé la colère en France, il faut faire attention qu’on ne récolte pas la violence.»

Lui en tout cas ne craint pas de mettre en colère les familles homoparentales en les considérant comme si elles n’étaient pas des familles, tout en affirmant lutter contre l’homophobie: «Il faut défendre la famille, je ne veux en aucun cas et d’aucune façon que nous puissions avoir le moindre mot blessant à l’égard de nos compatriotes, quelle que soit leur situation, leur sexualité, leur vie personnelle, qui les regarde, et quant au problème de la loi Taubira, de toute manière, compte tenu de ce qu’est la décision de la Cour de cassation, il va falloir la réécrire pour mettre des verrous sur la GPA et sur la PMA.»

«MON AMBITION, C’EST DE RASSEMBLER»
Avec les parlementaires, Nicolas Sarkozy souhaite voir l’élaboration d’un «projet sur la famille ambitieux, pour dire clairement ce que nous allons faire, sur le plafonnement du quotient familial, sur les congés maternité, sur la prime à la naissance, sur les emplois familiaux – c’est un scandale, on est un pays qui est ravagé par le chômage et on empêche les familles d’embaucher des emplois familiaux alors qu’il n’y a pas de place en crèche! Qu’est-ce que c’est que cette politique? Ça me paraît beaucoup plus large que la seule question du mariage homosexuel.»

«Je respecte les positions de tous», a assuré l’ancien chef de l’État dont la famille politique est divisée sur ces questions. En se prononçant pour une réécriture de la loi, il rejoint la position de François Fillon, peut-on comprendre d’une infographie du Huffington Post. Une position médiane  qui permettrait à Nicolas Sarkozy de contenter tout le monde: «Moi, j’ai vocation, si vous le voulez bien, à devenir le président de la famille, donc à rassembler tout le monde sur une position qui est conforme à nos valeurs, conforme à notre engagement et qui rassemble tout le monde, a-t-il affirmé. Et je suis rentré depuis 18 jours dans la vie politique et on me dit: “Ben alors, t’as pas ton projet pour la France?” Donc on voudrait que je prenne une position tranchée, naturellement pour en faire l’exploitation que vous savez, alors même que toute mon ambition, c’est de rassembler.»

L’ancien président de la République peut déjà être assuré du soutien de la «Manif pour tous» qui a vu dans ses propos des signes positifs: