Deux jours avant le dernier défilé de la «Manif pour tous», le Premier ministre Manuel Valls s’est confié dans La Croix en se rapprochant des positions adoptées par le mouvement homophobe. En soulignant que la date de publication de cet entretien n’était pas anodine, la députée Véronique Massonneau (EELV) a interrogé le chef du gouvernement à ce sujet ce mardi 7 octobre.

«DANS LE DÉBAT, ON PEUT CHANGER D’AVIS»
Elle a a rappelé que l’ouverture de la procréation médicalement assistée (PMA) constitue un engagement de campagne de François Hollande, tout comme le droit de mourir dans la dignité. Dans sa réponse, Manuel Valls s’est contenté de répéter que le gouvernement attendra l’avis du Comité consultatif national d’éthique (CCNE) sur la PMA et il a «regretté» que ce sujet soit mélangé à l’euthanasie. Mais Véronique Massonneau l’a aussi questionné sur la façon dont il a changé d’avis concernant la gestation pour autrui (GPA): favorable à cette mesure pendant la primaire socialiste en 2011, il y est désormais hostile.

«Madame la députée, vous me reprochez d’avoir changé d’avis, a-t-il lancé. Eh bien oui, face à un marché agressif, face à l’asservissement des plus faibles, face à la crise morale, à la crise d’autorité qui frappe notre société, face à tout cela, l’État doit adopter une position claire, ferme et bienveillante à la fois. Et j’assume ce changement, parce que dans le débat, on peut changer d’avis et on peut porter une position qui est aujourd’hui portée par le gouvernement.»

NOUVEAU CADRE JURIDIQUE POUR LES ENFANTS NÉ.E.S D’UNE GPA?
Reprenant des éléments de langage de la «Manif pour tous», Manuel Valls a justifié sa nouvelle approche du sujet: «La GPA est un sujet grave car il constitue un défi pour notre société, celui de la marchandisation des êtres humains, a-t-il indiqué. Un défi rendu plus aigu encore par le progrès de la science et par la mondialisation des marchés. Quelle société voulons-nous? Je le dis ici, comme chef du gouvernement: nous refusons qu’une femme puisse être rémunérée pour abandonner son enfant nouveau-né à ceux qui l’ont payée. Et contre ces phénomènes, l’État, nos institutions, doivent jouer pleinement leur rôle. C’est l’État qui garantit le respect des grands principes qui font notre vie en société et le premier des principes, c’est que les personnes, les êtres humains, ne sont pas des choses et sont donc hors commerce. Et c’est le fondement même de notre droit civil, d’où la position que je viens de rappeler. Le second, c’est que l’humain n’est pas un terrain d’expérimentation. Or, bien évidemment, nous savons qu’un marché agressif et lucratif expérimente l’alliance du droit et de la science et prospère aussi sur la misère économique. Alors oui, pour le gouvernement, pour le président de la République, ce débat est tranché et il est tranché depuis le début du quinquennat. La France est opposée à la GPA parce qu’elle est opposée au nom de ses valeurs, au nom du progrès et de l’humanisme, à toute forme de commercialisation des êtres humains et d’expérimentations en ce domaine. Et en disant cela, je n’ignore pas la souffrance de ceux qui voudraient tant transmettre et je ne nie pas le désir d’enfant inassouvi. Et cette souffrance, chacun d’entre nous peut l’entendre.»

La France n’a pas fait appel de la décision de la Cour européenne des droits de l’Homme la condamnant pour n’avoir pas transcrit dans l’état civil les liens de filiation entre les enfants né.e.s de GPA à l’étranger et leurs parents français. Mais le gouvernement ne veut pas non plus donner le sentiment qu’il laisse faire: «Avec le président de la République, nous avons donc souhaité que la France, sans rien renier de ses principes, recherche un cadre qui garantisse à ses enfants des conditions d’existence conformes à ce qu’exige la Cour européenne des droits de l’Homme, a avancé Manuel Valls. Nous allons donc poursuivre avec le temps nécessaire la réflexion engagée sur ce sujet juridiquement très complexe, humainement très sensible et qui mérite autre chose que des caricatures et des slogans.»

Dans une autre question au gouvernement, Xavier Breton (UMP) a quant à lui demandé au Premier ministre s’il comptait revenir sur «toutes les mesures anti-famille», en visant notamment l’ouverture du mariage. Sur ce sujet, Manuel Valls s’est montré plus pugnace: «Le Parlement a voté en faveur du mariage pour tous, c’est désormais une loi de la République. Vous ne reviendrez jamais sur la loi de la République instaurant le mariage pour les personnes de même sexe, vous n’y reviendrez pas et c’est l’honneur de ce gouvernement, du gouvernement de mon prédecesseur et de cette majorité d’avoir fait en sorte que cet engagement de campagne soit accompli et voté par le Parlement. Il correspond à une attente de la société, c’est ainsi, et vous n’y reviendrez pas. En tout cas, nous sommes fiers d’avoir permis ce progrès.»

Photo Assemblée nationale