Dans les années 70, il y avait cette publicité qui disait: «Quand on aime la vie, on va au cinéma!». La réponse de Truffaut m’avait frappé: «Si j’aimais la vie, je n’aurais jamais fait de cinéma». C’est parce qu’on n’aime pas cette vie qu’on se réfugie dans les salles obscures. Pour le jeune gay que j’étais, qui passait beaucoup de temps au cinéma pour échapper à un présent un peu grisâtre, dans une France encore très coincée et homophobe, forcément ce genre de propos marque.

En 21 films d’une carrière interrompue à 52 ans, François Truffaut a durablement influencé le cinéma français de la deuxième moitié du XXe siècle. Cinéphile et grand lecteur (de Balzac notamment), il est de la bande des Cahiers du cinéma qui va bousculer le cinéma français, engoncé dans ses habitudes. Paraphrasant Cocteau sur la poésie, il répond quand on lui demande à quoi sert le cinéma: «C’est indispensable mais je ne sais pas exactement à quoi.» Critique de cinéma redouté, admirateur d’Hitchcock (ses entretiens avec le maître du suspense sont un must), d’Ophüls, de Renoir, Truffaut réalise son premier film, Les 400 coups, à 27 ans et c’est un coup de maître. L’un des plus importants cinéastes de la Nouvelle Vague, aux côtés de Godard à qui on l’a souvent opposé, Truffaut, comme ses confrères, n’avait pas l’homosexualité dans son radar et elle a été longtemps ignorée dans ces films. Mais elle n’est pas totalement absente.

À partir du 8 octobre, la Cinémathèque française consacre une exposition au réalisateur ainsi qu’une rétrospective intégrale de ses films. Si vous aimez les histoires, le romanesque, l’amour fou, l’obsession, la mort, ou tout simplement le cinéma, c’est le moment de revoir ces classiques.

Jules et Jim (1962)

Pour le look androgyne de Jeanne Moreau.

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La Peau douce (1964)

Le plus beau film de Truffaut, la musique de Georges Delerue, la regrettée Françoise Dorléac (bien meilleure actrice que sa soeur). Une histoire en apparence banale (le mari, la femme, la maîtresse) qui tourne au drame, inexorable.

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1969 : La Sirène du Mississipi (1969)

Truffaut expliquait l’échec public du film par le fait qu’il avait inversé les rôles sexuels. Jean-Paul Belmondo est comme une vierge effarouchée et Catherine Deneuve est présentée comme un aventurier. Pour le dialogue:

– Tu es si belle. Quand je te regarde, c’est une souffrance.
– Pourtant, hier tu disais que c’était une joie?
– C’est une joie et une souffrance.

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 La Nuit américaine (1973)

Oscar du meilleur film en langue étrangère. Le film dans le film, l’amour du cinéma par Truffaut. Le premier rôle de Nathalie Baye, et une discrète allusion à l’homosexualité. Jean-Pierre Aumont retrouve son amant à l’aéroport. Une réplique aussi très gay: «Dans la vie, quand une femme te dit: “J’ai rencontré des êtres exceptionnels”, ça veut dire simplement: “Je me suis tapé un tas de types!”».

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L’Histoire d’Adèle H. (1975)

Le film relate l’histoire d’Adèle Hugo, deuxième fille de Victor Hugo. L’amour à sens unique, un film hanté par la mort. Un rôle en or pour Adjani.

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 Le Dernier Métro (1980)

Andréa Férréol en amoureuse transie de Catherine Deneuve et Jean Poiret en metteur en scène raffiné. «Leur homosexualité, écrit Didier Roth Bettoni (L’Homosexualité au cinéma, La Musardine) ne semble poser de problème à personne.»

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La Femme d’à côté (1981)

L’amour passion réapparait après la fresque historique qu’est Le Dernier Métro. Une histoire ordinaire traitée dans une mise en scène presque «invisible». Fanny Ardant y est brûlante et gagne son statut d’icône: «Pour être aimé, il faut être aimable. Et moi je suis bonne à rien.»

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