«On se croirait en train de chercher des œufs de Pâques!», lance Charlotte, à l’affût d’autocollants de la «Manif pour tous» le long du boulevard Lannes. Peu après 21 heures ce dimanche 5 octobre, une cinquante de militant.e.s pro-LGBT ont refait le parcours du mouvement homophobe pour arracher ou recouvrir les affiches et les stickers collés par l’extrême droite et les militant.e.s hostiles à l’égalité des droits.

militantes dauphine OK 500

Quelques journalistes étaient également présent.e.s, surtout en début d’action. La bonne humeur et l’enthousiasme étaient de mise. L’opération, intitulée #commandoLGBTpropreté sur les réseaux sociaux, a été orchestrée par l’Inter-LGBT et l’association FièrEs. Avant que le nettoyage débute, Amandine Miguel (à droite sur la photo), porte-parole chargée de la visibilité lesbienne à l’Inter-LGBT, et Delphine Aslan, porte-parole de FièrEs, ont donné quelques indications: les autocollants pro-égalité ne doivent servir qu’à recouvrir les stickers et les affiches difficiles à arracher. Le but du «commando» est de permettre à celles et ceux qui se rendront «au travail ou à Pôle Emploi» le lendemain de bénéficier d’un environnement où l’homophobie et la transphobie sont moins visibles.

Certain.e.s n’ont que leurs mains, d’autres sont venu.e.s équipé.e.s de limes ou de couteaux de peintre. Pour atteindre les autocollants situés en hauteur, on se fait la courte échelle et les plus agiles n’hésitent pas à escalader les feux et les arbres pour arracher des drapeaux.

De nombreuses affiches du FN ont été placées en hauteur, sur les murs comme dans les arbres et en dépit de plusieurs tentatives, elles n’ont pu être retirées.

Au cours de la soirée, les militant.e.s ont rencontré plusieurs voitures de police, ce qui n’a pas suscité la moindre inquiétude chez les organisateurs/trices qui avaient pris soin de signaler l’opération à la DCRI. L’objectif étant uniquement de nettoyer la rue, il n’y avait là rien d’illégal.

Pour les militant.e.s pro-égalité, l’exercice a un effet «cathartique», se félicitent communément l’Inter-LGBT et FièrEs. Le sentiment de participer à une action concrète contre l’homophobie et la transphobie galvanise. Seul.e.s quelques rares intrépides avaient pris le risque de s’aventurer dans la rue pour s’opposer frontalement à la «Manif pour tous» et à l’extrême droite.

Les échauffourées qui ont conclu le rassemblement des forces homophobes ont une nouvelle fois prouvé que les anti-égalité ne rechignent pas à se montrer violent.e.s dans leurs propos comme dans leurs gestes.

Si le mouvement a perdu en ampleur lors de ce dernier défilé, il n’en reste pas moins visuellement impressionnant et influent. Les responsables politiques l’ont bien compris, qu’il s’agisse de Manuel Valls qui s’est aligné sur les revendications de la «Manif pour tous» ou des responsables de l’UMP et de l’extrême droite que l’on pouvait voir dans le carré de tête: Bruno Gollnisch, Gilbert Collard, Marion Maréchal-Le Pen, Patrick Ollier, Nicolas Dupont-Aignan, Nicolas Dhuicq, Michèle Alliot-Marie, Jean-Christophe Fromantin, Philippe Gosselin, Hervé Mariton, Laurent Wauquiez, Jean-Frédéric Poisson et Daniel Fasquelle. D’autres, comme André Santini, étaient absent.e.s du cortège, mais le député-maire a montré son soutien aux manifestant.e.s d’Issy-les-Moulineaux.

Elle aussi absente du défilé, l’ex-porte parole de la «Manif pour tous» Virginie Merle-Tellenne s’est installée avec un micro devant la gare Montparnasse, à quelques mètres du podium de la «Manif pour tous». Située pile au cœur des axes de dispersion des manifestant.e.s, elle a tenté de faire la promotion de son mouvement, «L’avenir pour tous», qu’elle a fondé avec ses séides Laurence Tcheng et Xavier Bongibault.

Celle que l’on connaît sous le sobriquet de Frigide Barjot a fustigé l’homophobie de la «Manif pour tous» et les liens de ce mouvement avec le FN… tout en demandant à s’unir à ce même mouvement. Elle a également apporté sa caution à des prises de parole comme celle de Nathalie de Williencourt, présidente d’Homovox, qui s’est évertuée à présenter les personnes homosexuelles comme des êtres «fragiles» que les familles doivent protéger pour ne pas les voir partir vers «les lobbys LGBT». «Être homosexuel, c’est compliqué, mais ce n’est pas une identité», a-t-elle insisté alors même que son organisation se définit comme un collectif «d’homosexuels et de lesbiennes».

Si le discours de la «Manif pour tous» a été lissé pour avoir l’air acceptable – son message étant: «On n’est pas homophobes mais mariageophiles», a résumé avec humour une militante de FièrEs –, quelques autocollants trouvés par les militant.e.s pro-égalité sont révélateurs de la société que désirent édifier les anti-égalité. «On veut des bimbos, pas du mariage homo», pouvait-on lire sur l’un d’entre eux. D’autres prônaient l’existence d’un seul type de famille. Ce à quoi FièrEs et l’Inter-LGBT ont répondu en mettant en avant leurs revendications pour l’ouverture de la PMA à toutes les femmes et en faveur des droits des trans’.

drapeau manif pour tous

C’est bien après deux heures du matin que le groupe de militant.e.s, qui s’est peu à peu réduit, est arrivé à Montparnasse, là où le cortège de la «Manif pour tous» s’est arrêté. En dépit de l’heure tardive et de la fatigue, les personnes présentes ont continué à s’activer, s’indignant que des autocollants ont été placés sur des vélos. L’arrivée d’un Noctilien a accéléré la fin de l’opération. Une fois à bord, un militant a regardé à travers la vitre et s’est exclamé, dépité: «Oh non! On a oublié un drapeau! Un bleu, en plus!» Celui-ci restera encore quelque temps sur la place du 18 juin 1940. Contrairement aux drapeaux rose et blanc que le militant a emportés chez lui en guise de trophées.

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Photos Julien Massillon