«Même mineures, les personnes lesbiennes, gays, bisexuelles, transgenres et intersexes (LGBTI) sont souvent déjà victimes de harcèlement et de violence, dans les établissements scolaires, à la maison et sur les réseaux sociaux. Ce phénomène compromet gravement leur bien-être et les incite à dissimuler leur identité personnelle.» C’est par ce rappel que débute le long billet de Nils Muižnieks, Commissaire aux droits de l’Homme du Conseil de l’Europe, publié ce jeudi 2 octobre.

INFORMATION ET PROTECTION
«Tous les élèves doivent se sentir en sécurité à l’école», souligne Nils Muižnieks, qui rappelle que la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) a «indiqué clairement que les propos homophobes en milieu scolaire ne sont pas protégés par les garanties de la Convention européenne entourant la liberté d’expression». Les établissements scolaires et les autorités éducatives doivent faire des «efforts soutenus» pour lutter contre l’intimidation homophobe et transphobe.

Les enfants ont notamment «le droit de recevoir des informations factuelles sur la sexualité et la diversité de genre»: «Les efforts de lutte contre le harcèlement doivent s’accompagner d’une éducation sur l’égalité, le genre et la sexualité, insiste Nils Muižnieks. (…) Il est nécessaire de remettre en question les stéréotypes concernant le genre et la sexualité dans les établissements scolaires.»

Il rappelle aussi que la protection de l’enfance ne peut pas servir de prétexte pour empêcher les mineur.e.s d’avoir accès aux informations sur les personnes LGBTI, argument employé notamment en Russie pour justifier la loi anti-«propagande gay» ou en France par exemple par la «Fédération Autonome de Parents Engagés et Courageux» de Farida Belghoul.

«Rien ne prouve que la diffusion d’informations défendant une attitude positive envers les personnes LGBTI nuise aux enfants. Bien au contraire, il est dans l’intérêt des enfants d’être informés sur la sexualité et la diversité de genre.»

Le Commissaire aux droits de l’Homme s’inquiète ensuite des préjugés et des violences dont sont victimes nombre de jeunes LGBTI dans leur famille, ce qui conduit certain.e.s à se retrouver sans-abri.

«LES DROITS DE L’HOMME S’APPLIQUENT AUX ENFANTS LGBTI COMME À TOUS LES AUTRES ENFANTS»
Même si «nombre de problèmes sont communs à tous les enfants LGBTI», un paragraphe spécifique est consacré aux jeunes trans’ ou intersexes, pour qui le droit à l’autodétermination est essentiel. «En tant que mineurs, les adolescents transgenres peuvent avoir des difficultés à bénéficier de services de soins et d’accompagnement adaptés, écrit Nils Muižnieks. Quant aux enfants intersexes, ils sont souvent soumis à des traitements “normalisateurs” irréversibles peu après leur naissance, donc sans leur consentement. La reconnaissance juridique du sexe ou du genre des enfants transgenres ou intersexes reste très problématique dans la plupart des pays. Les enfants sont titulaires de droits et doivent être écoutés lors de la prise de décisions qui les concernent. Tout traitement destiné à attribuer un sexe ou un genre à une personne doit être fondé sur son consentement pleinement éclairé.»

Et de conclure: «Les droits de l’Homme s’appliquent aux enfants LGBTI comme à tous les autres enfants, sans aucune distinction. (…) Les services de protection de l’enfance, les défenseurs des enfants et la police devraient veiller tout particulièrement à ne pas oublier les enfants LGBTI.

«Il est nécessaire que les gouvernements prennent des mesures systématiques pour améliorer la sécurité de ces enfants et leur garantir l’égalité de traitement.»

«Cette déclaration importante intervient au bon moment, et elle est la bienvenue, a réagi l’Ilga-Europe. Nous la considérons aussi comme une importante contribution à la lutte contre l’utilisation manipulatrice d’arguments faussement fondés sur la protection de l’enfance et les droits des enfants par celles et ceux qui nient et s’opposent aux droits humains des personnes LGBTI.»

«Nous sommes de plus en plus souvent témoins de l’emploi d’une interprétation étroite et biaisée des droits des enfants par un certain nombre de pays européens pour justifier l’introduction de lois restrictives et discriminatoires pour limiter l’accès à l’information, l’éducation et la liberté d’expression. Ces mêmes arguments sont utilisés pour empêcher la mise en place de mesures contre le harcèlement à l’école ou la remise en cause des stéréotypes de genre.»

«Nous nous réjouissons tout particulièrement que le Commissaire rappelle que“«tout traitement destiné à attribuer un sexe ou un genre à une personne doit être fondé sur son consentement pleinement éclairé”.»

Photo Fine Line Features (All Over Me)