Une réunion a eu lieu mercredi 1er octobre au siège californien de Facebook, pour désamorcer le bras de fer entre le réseau social et la communauté des drag queens, qui depuis quelques semaines sont dans l’obligation d’indiquer leur véritable identité sur leur profil. Après une première rencontre le 17 septembre, qui s’est soldée par une réouverture des comptes à court terme, pour permettre aux utilisateurs/trices de soit utiliser leur identité civile, soit voir leur profil être transformé en «Page» destinée à accueillir les messages de fans, le ton a sensiblement changé. Hier, la discussion s’est ouverte par des excuses de la part de l’entreprise, excuses réitérée par Chris Cox, directeur technique de Facebook, sur son compte personnel, «auprès de la communauté des drag queens, des drag kings, des trans’ et de l’ensemble de la communauté de nos ami.e.s, voisin.e.s et membres de la communauté LGBT pour les difficultés subies», en référence à la controverse qui échauffe les esprits depuis plusieurs semaines.

FACEBOOK S’ENGAGE A APPORTER DES CHANGEMENTS
Dans son statut, Chris Cox détaille la façon dont s’est déclenché la procédure de signalement de ces profils, qui a conduit au conflit entre les drag queens et Facebook: «Un individu a signalé plusieurs centaines de comptes comme étant faux. Ces signalements faisaient partie de centaines de milliers d’autres pour de faux noms que nous recevons chaque semaine, 99% d’entre eux sont des mauvais utilisateurs qui sont là pour de mauvaises raisons: usurpation d’identité, harcèlement, trolling, violence domestique, escroquerie, discours haineux, et autres, donc nous n’avons pas remarqué cet échantillon. Nous avons suivi la procédure pour demander aux comptes une vérification de l’utilisation de leurs vrais noms en présentant une preuve d’identité: une adhésion au club de gym, une carte de bibliothèque, un extrait de courrier. Nous avons utilisé cette politique pendant dix ans, et jusqu’à récemment, cela avait bien fonctionné pour créer une communauté sûre sans blesser incidemment des groupes comme cela vient de se passer.»

Pour le directeur technique, il est évident que cette polémique doit servir de leçon et être un point de départ pour effectuer des changements: «Nous voyons à travers ce qui s’est passé une marge pour améliorer le signalement et renforcer les mécanismes et les outils pour comprendre qui est réel et qui ne l’est pas, ainsi que le service consommateurs pour quiconque en est affecté. Tout cela n’a pas fonctionné parfaitement et nous devons y remédier. Avec cette contribution, nous sommes déjà en train de construire de meilleurs outils pour authentifier toutes les Soeurs Roma du monde [allusion à celle qui a mené la bataille pour les drag queens, ndlr], en bloquant les mauvais utilisateurs. Et nous prenons les mesures pour fournir un service mieux réfléchi pour les comptes qui sont signalés afin que l’on puisse gérer cela de façon moins abrupte et plus prévenante.»

«UN PAS DE GEANT DANS LA BONNE DIRECTION»
Mark Snyder du Transgender Law Center, qui a participé à cette dernière réunion avec Facebook, s’est dit très satisfait des conclusions tirées de cette polémique: «Je crois que Facebook va faire en sorte que chacun.e dans cette communauté soit capable d’être qui il/elle est vraiment en ligne. Nous sommes reconnaissant.e.s de ces excuses et nous attendons de travailler avec Facebook sur des solutions spécifiques dans les mois à venir. Cette réunion a été très productive.» La drag queen Soeur Roma, des Sœurs de la Perpétuelle Indulgence du couvent de San Francisco, à l’origine du mouvement de résistance, a elle aussi salué l’issue positive des ces quelques semaines sous haute tension: «Je crois sincèrement que Facebook a entendu nos inquiétudes et je sais qu’ils ont travaillé assidument pour explorer des moyens de modifier leurs politiques et leurs procédures pour créer un environnement sûr et authentique pour tou.t.e.s les usagers. Cette réunion était un pas de géant dans la bonne direction. Mais ce n’est pas fini. Alors que la plupart des actions promises par Facebook affecteront les utilisateurs/trices du monde entier, nous devons continuer à travailler avec eux jusqu’à ce que chaque personne, pas seulement les drag queens et la communauté LGBT, aient le droit d’utiliser la véritable identité qui lui convienne et qui la protège.»

Photo Transgender Law Center