Diffusé sur France Culture, le documentaire La filière belge de Mélanie Dechalotte et François Teste suit plusieurs parcours de couples de femmes qui ont décidé de passer la frontière belge pour accéder à la PMA et fonder une famille. À partir de leurs témoignages, mais aussi de celui du professeur Michel Dubois de l’Hôpital de Liège, de la psychologue Sylvie Roberti, et de la psychanalyste Geneviève Delaisi de Parseval, il met en lumière les difficultés auxquelles elles sont confrontées, avec en toile de fond l’opposition de la France à ouvrir ce droit aux couples de femmes et aux célibataires.

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D’après le professeur Michel Dubois, les établissements belges accueillent aujourd’hui une part énorme de femmes venues de France. Sur un millier de cycles d’inséminations réalisés en 2013, 85% concernaient des femmes françaises, alors que le nombre de donneurs est actuellement insuffisant pour faire face à une telle demande.

Le documentaire permet de connaître plus en détail le protocole très lourd que doivent suivre les candidates à la PMA: blocage du cycle par une pilule, stimulation hormonale en injection, des contrôles tous les deux jours, pour ensuite s’absenter cinq jours pour réaliser l’insémination. Même avec un employeur bienveillant et la possibilité de partir du jour au lendemain, le temps, la distance, le stress, la fatigue restent difficiles à surmonter.

Pour Michel Dubois, le corps médical français est encore très conservateur, ce qui obligent nombre de femmes qui viennent se faire inséminer en Belgique à changer de gynécologue en France quand ils/elles ne veulent pas les prendre en charge. L’une des femmes du documentaire raconte les réponses reçus par des gynécologues, avant même qu’elle ne leur demande s’ils pouvaient la suivre, juste en leur annonçant qu’elle était en couple avec une femme: «Vous mettez un docteur dans l’embarras», «vous avez pas un copain qui peut vous faire ça entre deux portes?», ou encore «un fond de préservatif suffit». Elle a finalement trouvé une gynécologue militante pour la suivre. «Ce qui pèse le plus, c’est que ce n’est pas légal en France», raconte enfin un des témoignages. Une de ses collègues fait sa PMA en France, et effectue un simple trajet Neuilly-La Défense. Elle, doit s’absenter plusieurs jours pour aller dans un pays étranger pour que son couple soit considéré comme tel et que la mère sociale de l’enfant soit reconnue et impliquée dans la procédure.

Un des couples raconte enfin une situation des plus absurdes, qui met en lumière des lacunes juridiques persistantes, même après le passage de la loi sur le mariage et l’adoption pour tous les couples. Mariées, ayant chacune accouché d’un enfant, les deux femmes se retrouvent aujourd’hui en possession de trois livrets de famille: un pour leur premier enfant, un pour leur mariage, et un pour le second enfant.

Photo Friede-Clausz (Zwei Mütter)