andrii kravchukEn raison des événements extrêmement violents qui se sont déclarés et se poursuivent en Ukraine depuis novembre dernier, la situation des membres de la communauté LGBT ukrainienne est passée au second plan et a totalement disparu des préoccupations du grand public et ne suscite plus aucun intérêt, probablement pour un moment.

Nous survivons à une vraie guerre à grande échelle, sanglante et par conséquent, nous ne devons pas être surpris que nos luttes en cours concernant l’égalité, la santé et le mode de vie attirent si peu l’attention dans l’atmosphère actuelle hyper anxieuse liée à l’invasion.

Mais quand la paix viendra, notre espoir est que la société procédera sérieusement au réexamen, de pour qui et pour quoi nous avons tous combattu et quelles conditions d’existence ont été effectivement gagnées.

Compte tenu de la situation dans son ensemble, ce que l’Ukraine combat est très facile à définir : le soi-disant « monde russe ».
Ce monde bizarre, égoïste, issu de l’imagination des idéologues du Kremlin et l’Église orthodoxe russe, n’est pas tant le fait du peuple mais plutôt de cette idéologie qui se diffuse et qui passe les frontières.

POUTINE, ASTUCIEUX PREVARICATEUR
Cela n’inclut pas seulement les russes, les populations russophones et les citoyens russes – mais les slaves ou toutes autres personnes qui souhaitent s’associer au Kremlin dans son opposition à l’Ouest et aux valeurs de l’Ouest. Emmené par Poutine (un astucieux prévaricateur) et destiné à construire le monde russe, le Kremlin essaie sans vergogne d’unir et d’exciter tous les différents groupes d’extrêmes droites, ultraconservateurs, eurosceptiques, les fondamentalistes religieux, mécontents et bien d’autres, à ses propres fins hégémoniques.

Ces groupes sont précisément les forces disparates qui sont les piliers de l’expression globale de l’homophobie.  Ce n’est en aucun cas un hasard s’ils se rassemblent – ou ont été rassemblés – pour être les principaux alliés de la Russie et les principaux ennemis de l’Europe et de l’Ukraine moderne.

De même, ce n’est pas par hasard, si, politiquement et idéologiquement, les principaux alliés d’une Ukraine libre, en constante évolution et forte, ont été et sont encore aujourd’hui, les démocraties libérales modernes, dont l’Union européenne.

« VALEURS TRADITIONNELLES »
La société ukrainienne trouve plus difficile de comprendre ce qu’elle veut exactement. Au cours de nos 24 ans d’indépendance, aucune force politique d’influence n’est apparue dans le pays. Presque tous les dirigeants politiques de l’Ukraine exploitent le thème conservateur des « valeurs traditionnelles », qui, certainement sous une forme ou une autre, comprend une homophobie intraitable.

Avec le début du soi-disant « Euromaidan », protestation de masse contre le refus de l’ancien président Ianoukovich de signer un accord d’association avec l’Union européenne, la communauté LGBT ukrainienne a pris part activement à ces manifestations tout en ne médiatisant pas cette participation.

Cette précaution semblait appropriée à la situation : la propagande anti-occidentale essayant par tous les moyens de provoquer la sympathie des Ukrainiens pour la Russie, tandis que les groupes nationalistes (devenus les alliés des anti-européen – en particulier, les parties de droite et de Svoboda ), exprimaient ouvertement et systématiquement, leurs attitudes et intentions homophobes.

Ce paradoxe illustre le fait que la guerre défensive, dans laquelle nous sommes engagés (l’Ukraine s’opposant à l’invasion du monde russe) est devenue non seulement une opposition physique aux terroristes russes et pro-russes sur notre sol, mais est également menée idéologiquement, dans l’esprit des citoyens ukrainiens.

FAUX MILITANTS LGBT
Pendant les manifestations à Kiev au cours de l’hiver de 2014, plusieurs tentatives ont été menées par les forces pro-russes pour organiser de fausses actions de soutien à Euromaidan, prétendument initiées par les participants LGBT, dans le but manipulateur de compromettre l’opposition aux yeux de la société. Mais ces actions ont été repérées et dénoncées grâce aux efforts discrets et combinés de militants LGBT et de leaders de la protestation.

De fausses pancartes avec symboles LGBT , brandies par des participants inconnus, n’ont pas réussi à provoquer la violence des membres de Euromaidan à leur encontre. Ces personnes ne souhaitaient certainement pas prendre réellement part aux manifestations, car ils étaient payés par les organisateurs de la provocation.

Une fois des photos opportunes fournies aux médias, ces provocateurs ont disparu de la scène – mais les vrais militants LGBT ont continué leur travail de collecte d’argent et de matériel, participant aux manifestations et autres actions de soutien au mouvement de Maidan.

La communauté LGBT ukrainienne espérait une victoire de l’opposition pro-européenne, tant elle était plus avantageuse pour la protection de leurs droits et de leurs intérêts, que le maintien du statu quo post-soviétique, qui découlerait de la victoire des forces pro-russe.

Après avoir vaincu le régime de M. Ianoukovitch, l’Etat ukrainien, les partis politiques et la société en général se sont retrouvés dans une nouvelle réalité. Dans toutes les sphères de la vie, la recherche de réformes immédiates, alignées sur les normes occidentales modernes ne pouvait pas être reportée à plus tard, mais être mise à l’ordre du jour.

En outre, une situation unique est apparue dans laquelle même les politiciens ukrainiens nationalistes d’extrême droite ne pouvaient se permettre de s’identifier ouvertement avec leurs pairs en Europe – parce que ces politiciens continentaux soutiennent la Russie.

FRILOSITÉ DU NOUVEAU GOUVERNEMENT
Malheureusement, la majorité des politiciens et de la société ukrainienne , ont démontré une réelle, bien que non ouvertement déclarée, solidarité avec les autorités russes en ce qui concerne les personnes LGBT. Même lorsque le risque a mis en péril le Plan d’Action sur la libéralisation des visas avec l’UE, le nouveau gouvernement et le Parlement ukrainien n’ont pas osé instituer d’interdiction législative claire de discrimination pour motif de l’orientation sexuelle dans l’emploi qui était une exigence ferme et obligatoire de l’Union européenne. Ils ont tout fait pour retarder l’application de cette exigence, en limitant cette question à une lettre de la Hight Specialize Court aux tribunaux d’appel, déclarant simplement que la discrimination fondée sur l’orientation sexuelle dans l’emploi est illégale en Ukraine.

Mais cette étape est une très petite avancée, symbolique plutôt que réelle, sur le long chemin que notre État et la société doivent parcourir vers une modernisation complète. Cette avancée équivoque peut sembler pertinente, mais n’a pratiquement aucun effet sur la situation actuelle des droits des personnes LGBT dans notre pays, qui n’a pas changé par rapport aux années précédentes, à l’exception des territoires qui sont actuellement occupés par les Russes et forces pro-russes (Crimée et certaines parties des régions de Donetsk et Louhansk). Quand le monde russe reprend des terres, les droits de l’homme en général et les droits des personnes LGBT en particulier, se détériorent toujours.

EN CRIMÉE, LA LOI ANTI-GAY IMMÉDIATEMENT APPLIQUÉE
En Crimée une loi importée interdisant « la propagande de l’homosexualité » a été immédiatement appliquée, mettant fin à toute activité publique des LGBT.  Dans la ville de Donetsk, désormais gouverné par des terroristes ultra-orthodoxes, être gay ou lesbienne est devenu mortel.

L’espoir d’un avenir plus heureux pour la communauté LGBT ukrainienne, comme pour la plupart des ukrainiens, dépend de la construction d’un nouvel État qui reflèterait le meilleur des standards de vie et de l’autonomie occidentale. À la veille des élections présidentielles de mai 2014, Amnesty International, ainsi qu’un certain nombre d’organisations ukrainiennes de défense des droits de l’homme, a analysé les programmes de l’élection et les réponses d’interview des candidats à la présidence.
Une attention particulière fut donnée à leur attitude à l’égard de l’interdiction de discrimination fondée sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre en Ukraine.

En tout, un seul candidat a réclamé l’interdiction législative de cette discrimination, non seulement en matière d’emploi, mais dans tous les domaines de la vie. Ce candidat, Petro Poroshenko, a finalement remporté l’élection, devenant le Président actuel de l’Ukraine. Nous surveillerons étroitement comment ses promesses correspondront à ses actions ultérieures.

Actuellement la discrimination contre les personnes LGBT en Ukraine est en plein essor dans tous les domaines de la vie, de la législation aux discours de haine et de violence ignorés par l’Etat. Dans l’ensemble et indéniablement, l’Ukraine a fait son choix entre le monde russe et l’Union européenne.

Pour ce choix nous avons payé et continuons à payer un prix élevé : un prix qui inclut la confrontation douloureuse à nos erreurs, nos illusions et notre refus de changer. Mais maintenant la plupart des Ukrainiens sont convaincus de l’impossibilité de vivre comme nous avons vécu avant.

L’Ukraine se retrouve à l’heure actuelle en première ligne sans le vouloir, défendant la civilisation occidentale, du fondamentalisme agressif que la Russie cherche à instaurer dans le monde. Nous le redisons, c’est une guerre non seulement pour le territoire et ses ressources, mais également une guerre pour l’esprit des gens.
Celui dont les idées prévalent, gagne cette lutte.

La Russie cherche à tirer le meilleur parti de la propagande des soi-disant « valeurs traditionnelles », qui, ces dernières années, ont été orientées vers la promotion de l’homophobie et la discrimination contre les personnes LGBT. Il ne faut pas sous-estimer l’importance du fait que les partis politiques ont rejoint le point de vue de la société ukrainienne dans cette compétition – leurs positions et les coalitions peuvent démontrer qui a gagné la bataille des idées.

Les sondages d’opinion publique et résultats des élections en Europe montrent que, après des années de liberté et de démocratie, la xénophobie et l’homophobie commencent à croître à nouveau, et les alliés politiques de la Russie, de l’extrême-droite à l’extrême gauche, gagnent en popularité. L’Ukraine rétrograde et conservatrice pourrait devenir un modèle pour la réforme en Europe de l’est, mais il pourrait au contraire devenir un modèle pour l’effondrement de la liberté et la démocratie.

Quel que soit le futur, les changements en Ukraine ont déjà commencé et, ne vous en déplaise ou non, l’attitude de l’État et de la société envers les personnes LGBT est un indicateur visible de la réalité indéniable et de la profondeur de ces changements.
Clairement, aider à surmonter l’homophobie sociale en Ukraine, est un investissement pour l’avenir de la démocratie libérale, ici, et dans le monde.

 Capture

Merci à @sossourires et à @rustine pour la traduction