La neuvième édition des Gay Games c’est fini. Le pari osé de la Fédération des Gay Games (FGG) qui en 2009 a préféré la candidature de Cleveland à celles de Boston et Washington était-il gagnant?

Pour la Fédération, c’est un oui massif. Il y a eu bien entendu des hics, des choses n’allant pas comme on l’aurait voulu. Le nombre d’inscrit.e.s était en deçà des prévisions, manque à gagner financier compensé on peut le croire par le formidable travail de recrutement de sponsors commerciaux et associatifs réalisé par le comité d’organisation.

Les épreuves étaient en majorité bien gérées et les sportifs/ves ravi.e.s. Il y a eu des histoires passionnantes, comme cette grand-mère de 99 ans qui a établi un record du monde dans les 100m lors du meeting d’athlétisme. La visibilité des sportifs/ves trans’ n’a jamais été aussi forte, avec des médailles pour le dynamophile Kinnon McKinnon, le triathlète Chris Mosier, ou la cycliste Hana Pinard, parmi d’autres.

De la cérémonie d’ouverture avec son message vidéo de Barack Obama à la cérémonie de clôture qui a vu l’équipe de Paris 2018 dans ses jolies tenues de marins Jean Paul Gaultier recevoir le drapeau des Gay Games comme passage du flambeau, le séjour à Cleveland et à Akron a été marqué par un accueil on ne peut plus chaleureux. L’un des motifs du choix de Cleveland, c’était la visibilité des jeux dans la ville, et c’était payant. Rares étaient les commerces à ne pas afficher un drapeau arc-en-ciel. Les bus portaient tous un message d’accueil. Les communautés religieuses ont presque toutes soutenu l’évènement, avec l’United Church of Christ devenant la première église à s’afficher comme sponsor financier des Gay Games. La mairie, à proximité du village des jeux, arborait les drapeaux arc-en-ciel et FGG, et le plus beau monument de la ville, le gratte-ciel Terminal Tower, brillait chaque soir des couleurs de l’arc-en-ciel.

Pour ceux qui avaient déjà visité la région, notamment lors de l’AG de la FGG en octobre dernier, il était évident que Cleveland et Akron étaient des destinations intéressantes. Cleveland détient un patrimoine architectural et culturel du tout premier plan. Les gens sont gentils comme tout, et avaient tous envie d’accueillir les participant.e.s comme il se doit. Les équipements sportifs étaient parmi les meilleurs jamais utilisés lors des Gay Games. Rares sont les particpant.e.s parti.e.s mécontent.e.s des jeux et des villes qui les accueillaient. Hélas, pour celles et ceux qui avaient fait une croix sur ces jeux par ignorance ou peur de ces villes moins glamour que Sydney ou New York, c’était trop tard, d’où en grande partie le manque à gagner en terme de nombre d’inscrit.e.s.

Les Gay Games c’est du sport, mais c’est aussi de la culture. Des concerts ont été tenus dans une salle splendide du début du 20e siècle dans le quartier des théâtres, dôtée pour l’occasion d’un lustre géant au carrefour principal du quartier. Un peu plus loin, la Severance Hall, l’une des plus belles salles de concert du pays, a été le lieu d’un concert spécial du Cleveland Orchestra, parmi les meilleurs ensembles symphoniques d’Amérique. Pour ce qui est du volet arts plastiques, des peintres créaient des œuvres en direct au cœur du village installé sur la partie du «mall» central donnant sur le lac Erié.

Des activités annexes ont marqué la semaine des jeux, comme un colloque sur la santé LGBT à l’université Baldwin Wallace, ou une journée d’étude sur les besoins des sportifs/ves LGBT organisée par l’hôpital de recherche Cleveland Clinic, ou les ateliers «Game Change» tenus à l’Université d’Akron à l’intention des éducateurs/trices. Il y a eu un grand engagement des organismes de lutte contre le sida, avec l’installation d’un camion de dépistage au village des jeux et l’annonce d’un nouveau portail destiné à informer sur les questions relatives au sport et au VIH.

La FGG pensait changer les esprits en venant dans l’Ohio. Mais il faudrait davantage voir ces jeux comme l’opportunité donnée aux habitant.e.s de la région de Cleveland de montrer à eux/elles-mêmes et au monde leur accueil, leur chaleur, leur ouverture. Des médaillé.e.s Gay Games montaient dans un autaubus, et les voyageurs/euses les applaudissaient. Des entreprises souvent réputées comme conservatrices sont devenues des soutiens de poids aux Gay Games. Les sportifs/ves de la région, pour la plupart hétéros, se sont mobilisé.e.s pour faire en sorte que les épreuves puissent avoir lieu dans les meilleures conditions. Jusqu’au comité local du parti républicain qui était présent au village à proximité du palais des congrès qui accueillera en 2016 la convention nationale du parti pour la désignation de leur candidat à la présidentielle (présence néanmoins contestée par nombreux membres du parti et des groupes extrémistes chrétiens d’ailleurs dans l’État et le pays).

Le principal sponsor, la Cleveland Foundation, avait déjà annoncé qu’elle n’entendait pas juste soutenir un événement. Elle a déjà mis en place un fonds spécifique destiné aux actions en faveur de la communauté LGBT de la ville. Les partenariats développés lors des préparatifs des jeux ont permis l’achat par le centre VIH de la ville de nouveaux locaux ouverts juste avant les jeux, avec un centre social qui jouxte un dispensaire et une pharmacie sociale. Les jeux de 2014 laissent un héritage solide pour la région, mais aussi pour les Gay Games eux-mêmes.

Des ambassadeurs/drices des Gay Games étaient présent.e.s: Greg Louganis qui a participé à la cérémonie d’ouverture; le patineur de vitesse Olympique Blake Skjellerup, qui a gagné une médaille d’or en cyclisme et s’est fiancé au cours des jeux; la volleyeuse sud-africaine Leigh Ann Naidoo venue faire la promotion des bourses Gay Games (et jouer au tennis de table); Brian Sims, peut-être le futur premier président gay des États-Unis.

Autres ambassadeurs/drices, la grosse centaine de sportifs/ves de l’Équipe France organisée par la Fédération sportive gaie et lesbienne (FSGL) portaient des tenues à l’image des prochains jeux. Leur entrée dans l’aréna Q lors de la cérémonie d’ouverture se faisait derrière un énorme calicot Paris 2018. C’étaient autant d’ambassadeurs/drices pour la 10e édition des Gay Games, mission concluante, puisque l’un des messages les plus entendus sur les rives du lac Erié, et notamment au stand Paris 2018 au village et sa tour Eiffel à échelle humaine était la promesse de venir à Paris d’ici quatre ans.

Pour certain.e.s membres de l’équipe dirigeante de Paris 2018, c’était leurs premiers Gay Games. Ils/elles rentrent avec regret d’une semaine au cours de laquelle ils et elles ont découvert la magie de l’événement, inspiré.e.s par certaines trouvailles de leurs prédécesseurs/euses, informé.e.s pour éviter certaines petites erreurs (on pense à un problème de logistique de fourniture des médailles aux sites sportifs), et surtout motivé.e.s pour donner aux 15000 participant.e.s attendu.e.s des jeux encore meilleurs, avec un peu plus de disciplines sportives offertes (36) et un programme culturel et de conférences encore plus riche.

D’ici quelques semaines, une grande manifestation servira de lancement officiel du compte à rebours. Suivez Yagg et Paris 2018 pour en savoir plus !

Et à ceux qui étaient aux Gay Games 9, ne pas oublier de partager vos photos en les envoyant par email en pièces jointes à l’adresse gaygames@email.smugmug.com. Pour qu’elles arrivent, il faut mettre le mot «cleveland» en minuscules et sans guillemets comme objet du courriel, sans autre indication.

Marc Naimark, ancien vice-président chargé des affaires extérieures de la Fédération des Gay Games

Photos FGG / Paris 2018