«Ils avaient des bouilles sympathiques, je n’aurais jamais pensé qu’ils puissent commettre une agression», se remémore Frédéric en racontant à Yagg l’agression dont il a été victime dans la soirée du 21 juillet dernier: «Je rentrais de Paris Plages en passant par le jardin des Tuileries, il était entre 23 heures et minuit, mais il y avait encore beaucoup de monde, des groupes un peu partout en train de pique-niquer. En passant par l’arche, je croise une connaissance avec qui je discute quelques minutes. Je distingue alors, sur un banc tout près, deux jeunes garçons qui me fixent, avant de dire au revoir à la personne que je viens de voir. Alors qu’ils me regardent toujours, bête et innocent que je suis, je leur lance un “Ça va les gars?” Ils me répondent “Pourquoi il y a plein de garçons ici?”. Je leur réponds qu’il y a beaucoup de monde, c’est l’été, les gens sortent et pas que des garçons.

«C’est là qu’ils me disent “Toi, t’es gay?” Je mens en répondant que non, et j’essaie de détourner la conversation en leur demandant d’où ils viennent.

«Ils me disent qu’ils sont serbes. “Pourquoi t’es gay?” demandent-ils encore. J’essaie à nouveau de changer de sujet en leur demandant de quel quartier ils viennent. L’un vit à Duroc, l’autre à Place d’Italie. Je finis par prendre congé et leur dis bonne soirée.»

ÉTAT DE CHOC
C’est au moment où il leur tourne le dos pour partir que Frédéric reçoit des coups de poings dans la tête. Il se retourne et reçoit des coups dans le nez de la part des deux hommes. Il tente alors de bloquer les mains d’un des agresseurs, mais l’autre lui donne plusieurs coups de pieds dans les côtes. Frédéric s’effondre et les deux jeunes garçons continuent d’asséner les coups dans le ventre, les côtes et dans la tête: «Avec mon bras gauche, j’ai essayé de protéger mon visage», explique-t-il. Malgré le monde autour de l’agression, personne n’a réagi. Selon les témoignages qu’aurait recueilli la police, les badauds auraient eu peur que les agresseurs aient un couteau. Après que les deux hommes sont partis, Frédéric n’a pas perdu connaissance, mais est en état de choc et paniqué par la vue du sang de ses blessures à la tête. Alertés, les pompiers arrivent, ainsi que le directeur technique du Louvre. Les deux agresseurs auraient déjà été aperçus au même endroit quatre jours auparavant, avec deux autres hommes.

RETROUVER UNE VIE NORMALE
Frédéric a eu cinq jours d’ITT, son nez fracturé, trois points de sutures à la tête et un traumatisme crânien. «Là je suis encore à Paris, mais je n’ai pas pu partir en vacances. Ce n’est pas l’agression en elle-même qui me fait mal, c’est le fait d’avoir été frappé dans le dos, de façon aussi lâche, puis quand j’étais au sol avec aucun moyen de me défendre.» Aujourd’hui, les douleurs physiques commencent à s’estomper après trois semaines très pénibles, mais le souvenir de l’agression est encore vivace et Frédéric a décidé de consulter un psychologue pour faire face au traumatisme et retrouver une vie normale. Lui qui se décrit comme d’un naturel avenant voit difficilement comment il pourra retrouver la facilité qu’il avait à aller vers les autres. Frédéric a porté plainte à peine quelques jours après l’agression:

«Au départ, je ne voulais pas porter plainte pour homophobie, explique-t-il. Mais au commissariat, lorsque j’ai raconté ce qui s’est passé, les policiers ont eux-mêmes qualifié l’agression d’homophobe.»

Ce serait notamment en raison de là où elle a eu lieu, puisque le jardin des Tuileries est aussi réputé pour être un lieu de drague gay. Une enquête a été ouverte.

LA NÉCESSITÉ DE PORTER PLAINTE
Pour Mickaël Bucheron, président de l’association Flag!, qui milite contre les discriminations à l’encontre des LGBT dans la Police nationale, le traitement de ce genre d’affaire peut prendre du temps: «Entre le traitement des caméras de surveillance, le signalement des témoins, cela peut paraître long, surtout pour la victime qui attend un dénouement pour pouvoir se reconstruire après une agression». Il note néanmoins avec satisfaction la réaction des agents lorsque Frédéric est venu porter plainte, qui ont spontanément placé l’agression dans la catégorie des violences en raison de l’orientation sexuelle: «C’est une bonne nouvelle, cela prouve que notre travail prend corps. Beaucoup de jeunes sortent de l’école dans ces arrondissements et c’est tant mieux s’ils arrivent sur le terrain avec de bons réflexes, ce qui n’est malheureusement pas le cas partout.» Il rappelle par ailleurs l’importance de porter plainte après une agression de ce type, et surtout de le faire le plus rapidement possible après l’agression.

Photo Elisa.rolle