Ménie Grégoire occupe malgré elle une petite place dans l’histoire du mouvement LGBT français. L’ancienne animatrice radio, qui vient de s’éteindre à 95 ans, a animé pendant 15 ans l’émission Allô Ménie sur RTL. De 1967 à 1981, elle a conseillé les auditeurs et les auditrices, avec un médecin, sur les problèmes de couple et de sexualité. Elle fut l’une des premières d’ailleurs à parler ouvertement de sexualité à la radio.

« L’HOMOSEXUALITÉ, CE DOULOUREUX PROBLÈME »
L’une de ses émissions en 1971, devait aborder la question de l’homosexualité et la station de radio en avait fait la promotion en lui donnant comme thème « l’homosexualité, ce douloureux problème ».  Ménie Grégoire accueillait pour la seconder un prêtre, un psychanalyste convaincu que l’homosexualité était « réversible » et André Baudry, fondateur du mouvement Arcadie. Excédés par les paroles victimisantes des intervenants, une poignée de militants homosexuels et de militantes féministes (dont Monique Wittig et Christine Delphy) ont alors envahi la scène et interrompu l’émission.  Voici le verbatim des dernières interventions (Lire l’intégralité ici):

« André Baudry. – Ce que nous voulons, et ce qu’Arcadie ­ même si quelqu’un dans la salle a dit qu’Arcadie mourrait bientôt ­ Arcadie n’a pas bien sûr les paroles de la vie éternelle mais ce qu’Arcadie fait depuis dix-huit ans, depuis vingt ans, et cela auprès des quelques cinq cents mille homophiles qu’elle a contactés rien qu’en France. Elle a essayé d’abord de les rassurer, de leur dire : « vous êtes un homophile, et vous êtes un homme normal. Vous êtes à côté des autres, vous n’êtes pas en dessous des autres ou au-dessus des autres, vous pouvez aimer… »

Ménie Grégoire. – En tout cas, elle a raison de les rassurer parce que si ces gens-là souffrent, on ne peut pas les laisser souffrir sans rien faire pour eux. Vous avez parlé tout à l’heure d’un problème religieux, je voudrais que le père Guinchat donne tout de même… Réponde tout de même… On l’a presque mis en cause au fond, qu’est-ce que font les prêtres devant un homosexuels ? Qu’est-ce que vous faites quand on vient vous trouver en vous disant « je suis un homosexuel » ? Qu’est-ce que vous leur dites ? Vous les rassurez aussi ? Vous voulez répondre ?

Le curé. – Je suis un petit peu gêné pour répondre à cette question. Comme prêtre, eh bien je fais partie d’une église, et j’essaie d’être fidèle à un Dieu qui a donné un certain modèle de vie, qui n’est pas imposé, mais pour être de la maison, il faut tout de même marcher dans le sens de ce modèle de vie. Après cela, il y a le fait concret. Je rejoins tout ce qui a été dit quand on a parlé de la souffrance de certaines situations. Alors là, moi aussi, j’accueille beaucoup d’homosexuels, mes confrères également, et qui viennent parler de leurs souffrances, cette souffrance-là, on ne peut pas y être insensible.

Une voix (Anne-Marie Fauret). – Ne parlez plus de votre souffrance…

Ménie Grégoire. – Écoutez, alors là, je dis qu’il y a une chose tout à fait extraordinaire qui se passe, puisque la foule a envahi la tribune et que des homosexuels…

Un cri dans le micro (Pierre Hahn). – Liberté ! Liberté !

Ménie Grégoire. – Des homosexuels de tout ordre, hommes et femmes…

Un autre cri. – Nous demandons la liberté pour nous et vous !

Un autre cri. – Battez-vous ! Battez-vous !

Coupure du son, retour au studio et musique du génerique de l’émission. »

En sortant de l’émission, les militant.e.s se sont donnés un nom: le Front homosexuel d’action révolutionnaire (FHAR). C’est ainsi que Ménie Grégoire fut à l’origine d’un mouvement emblématique de l’histoire LGBT en France. Le FHAR a existé de 1971 à 1974.

Photo INA