Élevée dans une famille chrétienne du Kent, diplômée d’Oxford en théologie et star des méga-églises de la Bible Belt, Vicky Beeching passe ses vacances dans la famille de sa meilleure amie, Katherine, dont le père n’est autre que l’archevêque Justin Welby, chef de l’Église anglicane. Consultante de plusieurs médias britanniques – dont la BBC – sur les questions religieuses, elle s’est exprimée à plusieurs reprises en faveur de l’ouverture du mariage aux couples de même sexe, ce qui lui a déjà valu des appels au boycott.

Ce n’est sans doute que le début. Dans un portrait publié ce jeudi 14 août, par le quotidien britannique The Independent, la chanteuse dévoile son homosexualité. Lorsqu’adolescente elle a ressenti ses premières attirances pour d’autres filles, elle s’est enfermée dans le silence et la honte. La peur et la honte n’ont cessé d’augmenter jusqu’à ce qu’à 16 ans, elle profite d’un exorcisme collectif lors d’un camp de vacances chrétien. Aujourd’hui, elle garde de cette expérience un souvenir d’humiliation extrême. Sans solution, elle s’est plongée dans le travail, s’est éloignée de ses ami.e.s. À 23 ans, elle est partie pour Nashville, où elle s’est consacrée à sa musique corps et âme.

À 29 ans, elle a décidé de partir s’installer en Californie, espérant trouver un environnement plus accueillant. C’était en 2008, l’année de la Proposition 8. Le lobby chrétien était à son sommet et Vicky Beeching s’est retrouvée à chanter dans les méga-églises de tout l’État. «Je me retrouvais dans ces rassemblements contre l’ouverture du mariage, mais j’étais là pour chanter et je ne pouvais rien dire, raconte-t-elle. Sinon, j’aurais été jetée dehors.» Son contrat avec la branche chrétienne d’EMI contenait une «clause de moralité», souligne The Independent, à laquelle «toute conduite jugée immorale» aurait contrevenu.

C’est alors que son corps s’est rebellé contre elle. Une ligne blanche est apparue sur son front, qui s’est transformée en cicatrice rouge et douloureuse, symptôme d’une sclérodermie en coup de sabre. Convaincue par son médecin que le stress – et donc le placard dans lequel elle s’était enfermée – était à l’origine de sa maladie, elle s’est juré, lors d’une séance de chimiothérapie, de faire son coming-out au plus tard à 35 ans. «Trente-cinq ans, c’est la moitié d’une vie, explique-t-elle. Je ne peux pas perdre l’autre moitié.»

À 30 ans, après 18 mois de chimiothérapie, elle a rencontré Ruth Hunt, de l’association LGBT britannique Stonewall, qui lui a présenté d’autres lesbiennes out. Elle a fait son coming-out auprès de ses parents au printemps dernier. Malgré leurs désaccords théologiques, son père et sa mère l’ont assurée de leur soutien. Aujourd’hui, elle se sent toujours chrétienne, elle n’en veut pas à l’Église anglicane, bien que l’essentiel de ses souffrances découle de ce qu’elle y a appris. : «Plutôt que l’abandonner et dire qu’elle est cassée, je veux participer au changement».

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