Les 15 et 16 mai dernier, l’Université Libre de Bruxelles accueillait le colloque international «HABEMUS GENDER! Déconstruction d’une riposte religieuse». Une quarantaine de chercheurs et de chercheuses venu.e.s du monde entier étaient présent.e.s pour discuter et analyser le phénomène qui touche la France, mais aussi de nombreux pays, à savoir une opposition farouche à une soi-disant «théorie du genre» de la part d’organisations conservatrices. À l’issue de ces deux jours, Yagg a pu s’entretenir avec un des responsables du colloque, David Paternotte, docteur en sciences politiques et chargé de recherches du Fonds national de la recherche scientifique (FNRS), pour dresser un premier bilan de cette rencontre.

«Il y avait quatre grands axes pour ce colloque, explique David Paternotte. Tout d’abord, il était question de se demander ce qu’est cette “théorie du genre”, d’où elle vient, comment elle a été produite, le rôle de l’Église catholique, mais pas seulement elle, qui en sont les auteur.e.s et quelles sont les idées phares. Deuxième axe important, il s’agissait de comprendre pourquoi ces débats sortent aujourd’hui, notamment grâce à Internet, aux mouvements sociaux, alors que l’Église avec Ratzinger et Jean Paul II ont travaillé très longtemps sur ces thématiques-là. Il s’agit d’expliquer la diffusion internationale de ces idées. Nous avons aussi cherché à savoir pourquoi cela fonctionne mieux dans certains contextes que d’autres, pourquoi en France, par exemple, on a vu un succès de ces idées l’année dernière. Et enfin, nous nous sommes questionné.e.s sur les alliances qui existent aux Nations Unies, entre différentes forces religieuses et différents courants, notamment par rapport aux droits sexuels et reproductifs des femmes, ces alliances entre le Saint-Siège, certains États musulmans, certains États catholiques, les États-Unis sous George Bush, avec derrière des acteurs évangélistes américains, qui décident de faire cause commune de temps en temps pour défendre des objectifs ou bloquer la reconnaissance de certaines choses.»

David Paternotte le constate, les débats autour du mariage pour tous en France ont eu quelques répercutions sur le territoire belge, même si les couples de même sexe peuvent s’y marier depuis 2003: «Il y a eu quelques réactions très limitées. Quelques conférences ont été organisées avec des intervenant.e.s français.e.s, mais aussi des Belges qui sont intervenu.e.s sur le sujet. Il y a eu quelques tribunes dans la presse sur le genre, il y a un an, donc il y a une volonté de la part d’acteurs religieux et non religieux d’importer cette problématique ici. Ceci dit, par rapport à la France, on est quand même relativement épargné.e.s», reconnaît-il.

Des publications des différentes interventions devraient voir le jour, dans la revue Sextant et dans la revue Religion and Gender.

Photo Maëlle Le Corre