Tout le monde se souvient de la tristement célèbre déclaration de Mahmoud Ahmadinejad en 2007, quand il avait asséné lors d’une conférence de presse à l’université de Columbia que l’Iran était un État dépourvu de personnes homosexuelles: «Nous n’avons pas d’homosexuels en Iran comme dans vos pays. En Iran, nous n’avons pas ce phénomène et je ne sais qui vous a dit que nous l’avions», avait-il affirmé très sérieusement à un journaliste. Une position qui n’a pas évolué au fil des années.

Pourtant, une étude officielle du ministère de l’Éducation portant sur la sexualité montre contre toute attente que la majorité des jeunes iranien.ne.s ont une sexualité active. Dans ce document intitulé «Le mariage temporaire et son impact sur la baisse des contacts sexuels interdits», 17,5% des 141552 lycéen.ne.s interrogé.e.s auraient même dit être homosexuel.le.s. En outre 80% des jeunes filles affirment avoir un petit ami, alors que les relations sexuelles hors mariage sont proscrites et considérées comme un adultère. Face à ce constat, les parlementaires pourraient songer à adapter la législation à la réalité en ouvrant une forme de mariage temporaire, le sigheh, reconnu par les chiites. Concernant les droits des LGBT, il ne faut cependant pas s’attendre à une quelconque amélioration. Aujourd’hui, l’Iran fait encore partie des dix pays où les homosexuel.les et les bisexuel.les risquent la peine de mort.

En juin dernier, Hossein Alizadeh, coordinateur des programmes pour International Gay and Lesbian Human Rights Commission pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, proposait son analyse de cette étude sur le site GayStarNews: «Le rapport a été écrit par un homme du clergé, et se concentre principalement sur les vertus du mariage temporaire comme une solution pour mettre fin aux différentes formes d’“irrégularités sexuelles” dans la société iranienne. (…) L’argument de l’auteur est que le travail du sexe, le sexe hors mariage, la masturbation et l’homosexualité sont le résultat d’une incapacité de la jeunesse à s’engager dans une “relation sexuelle appropriée” (c’est-à-dire le mariage), en raison du coût élevé du mariage et des attentes sociales autour du mariage. L’auteur affirme que le mariage temporaire, qui est une forme discrète du mariage, peut mettre un terme à ces maux sexuels.»

Ces résultats montrent finalement que malgré le tabou qui pèse sur tout ce qui touche de près ou de loin à la sexualité dans la société iranienne, la réalité des mœurs des individus est assez éloignée de la rigidité de l’État sur ces questions. Selon un article du chercheur Afshin Shahi, l’Iran est aujourd’hui en proie à une véritable révolution sexuelle: «Depuis la Révolution Islamique de 1979 et l’arrivée de l’Ayatollah Khomeini au pouvoir, le régime iranien a promu l’idée d’une moralité collective, en imposant de stricts codes de conduite et en effaçant totalement la frontière entre sphères publiques et privées. Le maintien du caractère islamique du pays a été l’une des principales sources de légitimité du régime et, en tant que tel, il n’y a quasiment aucune facette de la vie privée qui ne soit pas régie par ses interprétations de la loi islamique. (…) Mais voilà, depuis 34 ans, les successeurs de Khomeini ont échoué à faire advenir leur société utopique – une réalité qui jette une lumière crue sur la banqueroute idéologique et morale d’un régime endurant déjà une succession de crises économiques et politiques.

«Cette vérité qui dérange n’est pas restée lettre morte chez les jeunes Iraniens, où les changements sexuels relèvent désormais d’une sorte de résistance passive. En défiant les privations étatiques, les Iraniens remettent (consciemment et inconsciemment) la légitimé du régime en cause.»

Cependant, le poids des traditions et d’un certain conservatisme patriarcal restent très présents, particulièrement dans les milieux ruraux.

Photo Ad Vitam (En Secret de la réalisatrice Maryam Keshavarz)