Dans les années 90, le remake américain de la Cage aux folles, Birdcage, a rapporté 124 millions de dollars. Pour la décennie 2000-2009, le film LGBT qui a rencontré le plus grand succès commercial est Brokeback Mountain en rapportant 83 millions de dollars. Et depuis 2010, c’est Tout va bien, The Kids Are All Right (photo), qui trône au sommet du classement avec 20 millions de dollars, loin devant le deuxième, La Vie d’Adèle, et ses deux millions de dollars. Que s’est-il passé pour que les sommes astronomiques d’il y a 20 ans disparaissent ainsi?

MOINS DE FILMS LGBT «GRAND PUBLIC»
Le besoin pour ce type de films aurait-il diminué? Pas du tout, répondent les auteur.e.s du blog /bent qui rappellent que les sociétés occidentales sont loin d’en avoir fini avec l’homophobie. De plus, les films LGBT servent surtout à créer de la visibilité et le besoin d’être représenté.e au cinéma est quelque chose de constant. L’hypothèse qu’il y aurait moins de films avec des thématiques LGBT ou queer n’est pas non plus recevable, puisque les festivals connaissent toujours un nombre croissant de productions. En revanche, beaucoup d’entre elles ne trouvent pas de société de distribution pour atteindre les salles.

Il faut ajouter à ce constat qu’il y a moins de films LGBT «grand public». Le dernier film de ce type à avoir été présenté dans plus de 1000 salles aux États-Unis est Brüno (2009) et on a vu mieux en termes de représentation des homos. Avant Sacha Baron Cohen, seul Brokeback Mountain (2006) avait connu une telle diffusion outre-Atlantique. En fait, la plupart des films où le personnage principal est lesbien, gay, bi ou trans’ sont produits par des studios indépendants et bénéficient donc de moyens réduits. Les grands studios hollywoodiens se montrent très frileux sur ce sujet.

UNE NOUVELLE ÉCONOMIE DU CINÉMA
Au bout du compte, on voit donc peu de personnages homos, bis ou trans’ au cinéma et beaucoup plus à la télévision. Steven Soderbergh a préféré réaliser son biopic sur Liberace pour la chaîne de télévision HBO plutôt que pour un studio car il savait qu’on lui reprocherait de faire un film «trop gay». Par ailleurs, la situation n’est pas la même qu’il y a 20 ans. Les grands studios font des films à très gros budget et laissent aux producteurs indépendants le soin de mettre sur pied les projets plus modestes.

Et ces «petits» films s’en sortent parfois mieux financièrement grâce aux DVD et au téléchargement légal, comme ce fut le cas pour Week-end. Cette évolution de l’économie du cinéma tend toutefois à rendre invisibles les lesbiennes, les trans’, les bi.e.s et les gays qui n’occupent pas de rôles majeurs dans les grosses productions. À lire sur /bent.

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