Le kamasutra lesbien de Cosmopolitan aura décidément fait couler beaucoup d’encre. À son tour, l’auteure queer Lindsay King-Miller a réagi au retour de bâton qu’a subi le site du magazine féminin, raillé, détourné, voire assez critiqué, pour avoir montré des positions jugées trop hétéronormatives, stupides, impraticables, bref des positions qu’aucune lesbienne ou bie ne pratique dans la vraie vie. Lindsay King-Miller, qui assure avoir essayé «à peu près 20 des 28 positions montrées», juge aujourd’hui que cet acharnement d’une partie des médias lesbiens sur Cosmopolitan était profondément injustifié et explique pourquoi:

«Certaines lesbiennes aiment les ciseaux, d’autres trouvent ça assommant. Certaines adorent leur gode-ceinture, d’autres trouvent que c’est hétéronormatif et sans intérêt. D’autres aiment le fist, d’autres font “wow wow wow, nan, pas ce soir”. Certains lesbiennes n’aiment pas le sexe oral. Différentes lesbiennes couchent de différentes façons, c’est vraiment surprenant à ce point? J’en ai marre de voir les femmes queer se taper dessus et se précipiter pour être la première à dire la Seule Vraie Façon de faire du sexe quand on est lesbienne. Peut-être que c’est une réaction instinctive de voir notre sous-culture adorée recueillir l’attention de la culture dominante, ou juste du ressentiment en voyant que notre position préférée n’y est pas (c’est le cas pour certaines des miennes; elles y seront peut-être dans la suite), mais insister sur le fait que les lesbiennes couchent d’une seule manière n’est pas que qu’une erreur, c’est contreproductif.

«Je ne peux pas m’empêcher d’imaginer une jeune lesbienne out qui commence à explorer son orientation, qui voit l’article de Cosmopolitan, s’enthousiasme de pouvoir les essayer, et qui est coupée net dans son élan par un chœur de commentaires disant “C’est pas comme qu’on fait!”»

Pour Lindsay King-Miller, il est grand temps d’arrêter de chercher à policer les vies sexuelles de chacune, et d’accepter la diversité et surtout la représentation de cette diversité. Elle tente d’analyser le pourquoi d’une telle réaction: «Elle semble venir en grande partie du désir de rejeter une représentation irréaliste et inspirée du porno de la sexualité des lesbiennes, ce qui est compréhensible. Depuis trop longtemps, le sexe entre filles auprès du grand public a été destiné au spectateur masculin plus que pour l’actrice féminine, et casser cette tendance est important et nécessaire. Mais la réponse réside dans le fait d’insister sur plus de diversité dans la façon dont le sexe queer est dépeint, y compris les actes qui ne sont pas notre truc (…). La réponse n’est pas d’attaquer n’importe quel contenu lesbien qui ne reflète pas précisément notre propre vie. Je jure qu’à chaque fois que quelqu’un commence sa phrase par « aucune lesbienne ne ferait… », il y a une lesbienne qui l’a déjà fait, et elle aussi mérite d’être représentée.»

Illustration Jenny Yuen