Médecin, journaliste, rabbin: Delphine Horvilleur a alterné les casquettes au cours de ses expériences de vie. Seules deux femmes en France sont rabbins aujourd’hui. Libérale, elle défend une approche des textes qui laisse place à une multiplicité d’interprétations, face au courant majoritairement conservateur dans les religions françaises. Dans son livre En tenue d’Eve, elle évoque par exemple la façon dont la traduction de la Bible a pu donner lieu à des discriminations.

«Pour illustrer leur opposition au projet de loi [ouvrant le mariage aux couples de même sexe, le grand rabbin Gilles Bernheim et le pape Benoît XVI] ont tous deux cité le même verset (Genèse 27-1): “L’Eternel créa l’homme à son image, masculin et féminin Il les créa.” Mais ils ont choisi de le traduire par “homme et femme Il les créa”insistant sur la complémentarité originelle de l’homme et de la femme. Or, les termes en hébreu pour dire “homme” et “femme” ne sont pas les mêmes que “masculin” et “féminin”. Choisir un terme et pas un autre est lourd de conséquences. Dans le texte biblique, le masculin et le féminin ne sont pas réductibles à la simple différence des sexes. Ils expriment une complémentarité d’un autre type. Le genre féminin représente souvent la vulnérabilité, le monde de l’intériorité, de la dépendance, alors que le masculin est celui de l’autonomie, de l’extériorité. Chacun d’entre nous, homme ou femme, expérimente dans sa vie tour à tour l’autonomie et la dépendance, la force et la vulnérabilité. Chacun d’entre nous fait des expériences qui dépassent ce à quoi on voudrait le réduire: les attributs de son sexe biologique.»

Delphine Horvilleur s’est formée aux États-Unis car les cours sur le Talmud sont souvent réservés aux hommes en France. «L’orthodoxie juive promeut un discours d’exclusion des femmes de l’espace public et de l’étude des textes, explique-t-elle. Les tenir à distance du savoir, c’est les tenir à distance du pouvoir. La clé est là, dans l’accès des femmes à l’étude des sources religieuses. […] Le corps des femmes exposé serait une menace pour l’ordre public, comme le serait leur accès aux textes. Bref, elles ne devraient avoir ni tête ni corps.» Un entretien à lire sur Télérama.fr.