Le mythe d’une Katharine Hepburn éperdument amoureuse de Spencer Tracy a été renversé par William J. Mann dans sa biographie de l’actrice aux quatre Oscars, publiée en 2006. À la lumière de la correspondance de la comédienne et d’entretiens avec ses proches, l’auteur de cet ouvrage en est venu à la conclusion que Katharine Hepburn considérait être un homme, ce qu’elle exprimait notamment au travers de son alter ego, Jimmy. Des producteurs/trices indépendant.e.s s’attellent à un biopic fondé sur cette biographie. «Il ne s’agit pas de la Kate Hepburn de légende, avec ces photos d’elle et Spencer Tracy, mais plutôt de la femme fascinante et complexe qu’elle était en privé, décrit le producteur Richard Akel à Variety. En réalité, elle était beaucoup plus intéressante et finalement bien plus profonde que le mythe qu’elle a créé.»

Le film se penchera sur ses premières années dans l’industrie du cinéma mais aussi sur son adolescence où elle était androgyne. Dans sa biographie, William J. Mann explique ainsi que le père de Katherine Hepburn ne prêtait attention qu’au frère de celle-ci, parce qu’il était un garçon. En quête de reconnaissance, elle a cherché à l’impressionner et ne s’est finalement jamais considérée comme une femme. «“Je suis le chaînon manquant” entre les genres, répétait-elle souvent selon le biographe cité par The Advocate. Elle savait qu’au bout du compte, elle n’était pas une femme comme elle aurait dû l’être. Elle avait le corps d’une femme, mais ressentait dans son cœur et dans son âme qu’elle était un homme. Tout le monde prétend savoir qu’elle était une femme libérée qui se rebellait contre les rôles traditionnels donnés aux femmes, mais je pense que ça allait plus loin.»

Une vision mise en images par la réalisatrice Clare Beavan. Ouvertement lesbienne, affirme AfterEllen, celle-ci a déjà été derrière la caméra pour un documentaire sur Martina Navratilova et un biopic sur l’écrivaine britannique bisexuelle Daphne du Maurier. La relation amoureuse de Kate Hepburn, ou en tout cas amicale, avec Laura Harding sera présente dans ce film qui veut mettre l’accent sur «les sacrifices qu’elle a consentis pour sa carrière». William J. Mann avait pensé à Ellen Page pour incarner Kate Hepburn dans ce film, mais on ignore si la production l’a approchée. Ce biopic sur l’actrice fera en tout cas de la concurrence à un autre biopic, qui se penche surtout sur la relation qu’elle entretenait avec Spencer Tracy.

À l’instar de William J. Mann, qui n’emploie jamais les termes «trans’» ou «transgenre» dans sa biographie pour désigner Kate Hepburn au motif qu’ils seraient anachroniques, nous avons fait le choix (peut-être erroné) de conserver le féminin.

Photo via Allociné