C’est à sa chevelure qu’on la reconnaît. En couverture du numéro d’août du Hollywood Reporter, Jenji Kohan arbore des mèches bleues, oranges, mauves, vertes, rouges, oranges, jaunes. Un mélange farfelu qu’elle affectionne pour dissimuler ses cheveux blancs. Pour la cérémonie des Emmy Awards, qui aura lieu le 25 août et qui récompense ce qui se fait de mieux à la télévision américaine, son mari l’a poussée à opter pour du violet et du bleu. Orange Is The New Black, la série qu’elle a créée, a reçu 12 nominations, et elle sera donc très probablement invitée à monter sur scène pour recevoir une récompense.

DES DÉBUTS DIFFICILES
Mais les cérémonies pompeuses, ce n’est pas vraiment sa tasse de thé. «Je suis du style à m’asseoir seule dans une pièce et à écrire… Mon but n’a jamais été d’être célèbre.» Le début de sa carrière n’a pas été des plus tendres. Cette femme de 45 ans a grandi dans une famille qui travaille pour la télévision. Son père, Buz Kohan, a écrit et produit des émissions de divertissement à succès. Son frère a quant à lui co-créé Will & Grace. Pour la décourager d’entrer à son tour dans le monde de la télé, ses parents ont refusé de partager avec elle leur carnet d’adresse. Cherchant à se débrouiller seule, elle atterrit parmi les scénaristes du Prince de Bel-Air. Mais l’ambiance lui déplaît et elle s’en va au bout de quelques épisodes.

Son humour décalé et son approche unique n’ont pas non plu fait mouche à Friends où elle est restée pendant 13 épisodes. «J’avais tellement envie de partager ce que je vivais parce que c’était une série censée parler de gens de mon âge dirigés par des gens qui n’avaient pas mon âge. Et j’étais là: “Il m’est arrivé ça, et il m’est arrivé ça aussi”, mais je parlais probablement beaucoup trop.» Finalement, c’est avec la série Weeds, l’histoire d’une femme au foyer qui en vient à vendre du cannabis dans une banlieue proprette, que Jenji Kohan a connu le succès commercial.

DISCRIMINATION
La série avait beau être novatrice, elle n’a pas été saluée par la critique. «J’ai l’impression qu’on a fait plein de choses que d’autres ont copiées ensuite, mais on n’a jamais été crédité.e.s pour ça, déplore-t-elle. Mais on ne peut pas rester là à pleurnicher, il faut repartir et faire autre chose.» Son projet suivant, ce fut Orange Is The New Black, avec le succès que l’on connaît. Un brin maniaque, elle a appris à faire preuve de détachement. Elle n’assiste qu’aux tournages du premier et du dernier épisode de chaque saison à New York et continue à mener sa vie à Los Angeles le reste du temps. Mère de trois enfants, elle n’a cessé de travailler depuis 11 ans, mais reste effarée de voir qu’elle est malgré tout moins bien payée que ses confrères masculins.

Matt Weiner, son ami à l’origine de Mad Men, a touché 30 millions de dollars. «C’est très frustrant», a-t-elle commenté, tandis que leur employeur, Lionsgate, a préféré ne pas répondre. Ce n’est pas tant l’argent qui compte pour elle que la reconnaissance pour son travail. Et parce qu’elle semble adorer travailler, elle s’est également attelée au lancement d’un restaurant et planche sur une autre série, qui portera sur les célèbres chasses aux sorcières à Salem. À lire sur The Hollywood Reporter.