Toutes les guerres s’accompagnent de propagande pour justifier l’injustifiable. Israël serait proche des pays occidentaux car ce pays partagerait nos valeurs. Ce serait la seule démocratie de la région, le seul État qui mène une politique d’égalité envers les femmes et les homosexuels. Israël déclare ouvertement au monde être le seul pays gay-friendly du Moyen Orient, afin d’attirer les touristes gays, et subtilement par la même occasion, désigner tous ces voisins arabes comme homophobes.

Face à cette propagande, un mouvement queer international dénonce ce qui est désigné comme du «Pinkwashing». Non, nous considérons qu’un État qui pratique la colonisation, l’apartheid et le blocus ne peut pas être gay-friendly.

Non, les films pornos mettant en scène de beaux Israéliens ne peuvent nous faire oublier ce qui se passe. Non, les images de soldats dans l’uniforme de Tsahal ne sont pas sexy. Non, les plages gays qui sont réservées aux non-arabes ne sont pas les plus belles du monde.

Et si Israël vient de légaliser la GPA pour les couples gays, c’est bien moins pour faire avancer l’égalité, que pour répondre à la peur du « péril numérique », et renforcer une politique nataliste de guerre.

En France, cette rhétorique fait écho à notre contexte d’accroissement de l’islamophobie et du racisme anti-arabe. Souvenez-vous des propos de Marine Le Pen fin 2010 quand celle-ci déclarait: «dans certains quartiers, il ne fait pas bon être femme, ni homosexuel, ni juif, ni même français ou blanc». Il y a quelques jours, Alain Finkielkraut expliquait dans une interview au journal Haaretz qu’il y avait à présent en Europe un nouvel antisémitisme lié à la montée de l’islamisme. Et finalement, c’est Libération qui titrait sa Une sur les «nouveaux antisémites». Le piège de Marine Le Pen se referme aujourd’hui sur le mouvement pro-palestinien et de façon plus large sur les arabo-musulmans de France, désignés par des généralisations abusives comme les nouveaux antisémites et indirectement comme les toujours sexistes et homophobes.

L’antisémitisme ou l’homophobie ne sont plus compris comme des problèmes structurels qui traversent toute la société mais seulement des manifestations issues d’individus déviants et de certaines catégories de la population qui ne sont pas encore assez avancées par obscurantisme religieux, et pas assez intégrées aux «valeurs républicaines».

Le rôle du mouvement homosexuel aujourd’hui doit être le même que celui des juifs pour la paix qui refusent l’instrumentalisation de la lutte contre l’antisémitisme pour justifier la guerre.

Ne tombons pas non plus dans le piège tendu par Le Pen de division des minorités et d’instrumentalisation de nos luttes contre l’homophobie.

Le mouvement gay est né en partie à la suite du mouvement pour les droits civiques contre la ségrégation raciale. Aujourd’hui, Israël pratique un apartheid racial que la communauté gay semble ignorer. Nous ne ferons pas avancer la cause des gays palestiniens contre l’homophobie de leur société en fermant les yeux sur l’oppression qu’ils et elles subissent en tant que palestiniens, mais au contraire la feront progresser en montrant que la politisation de l’identité gay s’est construite par refus de l’injustice, de toute injustice. C’est pour ces raisons, que nous invitons toutes les minorités sexuelles et de genre à former des « pink blocs » durant les manifestations pro-palestiniennes, à créer une convergence des luttes, et à nous rejoindre dans toutes les luttes sociales contre le colonialisme, contre l’apartheid et pour la paix.

Thierry Schaffauser, co-fondateur du Strass, et Tarik Safraoui, membre de la commission LGBT du NPA à l’initiative des pink blocs pro-palestiniens