Promulguée en février par le président Yoweri Museveni, la loi anti-homosexualité ougandaise sanctionne d’une peine de prison à vie les homos «récidivistes», punit les personnes qui ne dénoncent pas les lesbiennes et les gays ou leur viennent en aide et sanctionne la «promotion» de l’homosexualité. Plusieurs militant.e.s – dont Frank Mugisha de Sexual Minorities of Uganda (Smug), Julian Pepe Onziema, Jacqueline Kasha, Morris Ogenga Latigo – et un membre du Parlement, Fox Odoi-Oywelowo, ont déposé une requête auprès de la Cour constitutionnelle pour que soit vérifiée la légalité de cette loi. La juridiction doit se prononcer demain, vendredi 1er août.

QUORUM
Hier, les personnes à l’origine de la requête ont été entendues par la Cour. Elles ont insisté sur le fait que le quorum n’avait pas été atteint au Parlement lors du vote de la loi. Le texte serait donc invalide et son entrée en vigueur serait de fait annulée. Les signataires de la requête font également valoir que la Constitution protège les citoyen.ne.s du pays contre toute discrimination. Or, en ne s’attaquant qu’aux homosexuel.le.s, le texte établit une distinction injustifiée entre hétéros et homos.

L’interdiction de la «promotion» de l’homosexualité heurte le principe de liberté d’expression et les signataires ont également demandé à la Cour constitutionnelle qu’elle édicte une ordonnance pour interdire la publication des noms et des photos d’homosexuel.le.s dans les médias afin de préserver le droit à la vie privée. Le gouvernement se défend en indiquant qu’il n’y a aucune preuve concernant le nombre d’élu.e.s présent.e.s lors du vote et que le Parlement a le droit d’édicter toutes les lois nécessaires à «l’amélioration de la société», rapporte Gay Star News.

OPTIMISME
Frank Mugisha s’est dit très confiant sur la décision que rendra la Cour. «Je crois que nous aurons un très bon jugement demain et une fois que nous l’aurons eu, ce sera terminé… Il ne nous restera plus qu’à nous en réjouir!», a-t-il confié à l’AFP. Le camp adverse se montre quant à lui assez pessimiste. Le pasteur Martin Ssempa, farouche opposant aux droits des personnes LGBT, redoute «l’avortement judiciaire» du texte et pense que la rencontre prévue la semaine prochaine entre le président Museveni et Barack Obama lors d’un sommet aux États-Unis ne jouera pas en sa faveur: «Des efforts sont entrepris pour faire du racolage avec une décision qu’on montrera à Washington pour montrer que “finalement, on n’est pas si méchants que ça avec l’homosexualité”», a-t-il déclaré.

Il a affirmé dans ses sermons que les homosexuel.le.s mangent leur matière fécale et Frank Mugisha a pris un malin plaisir à publier une photo sur Twitter dans laquelle on le voit paisiblement discuter avec le pasteur au tribunal. Celui-ci s’est montré plutôt cordial alors qu’il prêche la haine et le rejet dans ses prédications.

«Pendant la pause, conversation avec le pasteur Martin Ssempa et son fils», a écrit Frank Mugisha.

Le pasteur s’est senti obligé de se justifier et a publié la même photo en précisant qu’il s’agissait pour lui de montrer «son fils dont il est particulièrement fier».

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