«Raymond s’asseyait toute la journée et il ne faisait rien, il avait plein de combines», a avancé Alex de Koker en guise d’explication devant le tribunal hier, mercredi 30 juillet. Raymond Buys est mort en 2011 à l’âge de 15 ans et la justice sud-africaine doit désormais déterminer quelle est la part de responsabilité d’Alex de Koker. Cet ancien membre de la garde rapprochée du leader raciste Eugene Terreblanche et son assistant Michael Erasmus étaient à la tête d’un camp d’entraînement censé transformer les garçons efféminés en «hommes». Raymond Buys y avait été envoyé par ses parents avant d’être retrouvé 10 semaines plus tard gravement déshydraté, le corps marqué de coups et de brûlures. Il est mort à l’hôpital en dépit de plusieurs semaines de soins intensifs (lire Mort d’un ado sud-africain torturé dans un camp qui veut transformer les garçons efféminés en «hommes»). Alex de Koker et Michael Erasmus ont comparu hier pour meurtre, maltraitance sur un mineur et agression avec l’intention d’infliger de graves blessures devant la Cour régionale de Vereeniging.

«SA MÈRE DISAIT QU’IL ÉTAIT UNE MINE DE PROBLÈMES»
Appelé à témoigner, Alex de Koker n’a pas présenté d’excuses mais a exprimé quelques regrets:«J’ai négligé beaucoup de choses», a-t-il indiqué. Il n’a toutefois cessé de pointer du doigt l’attitude de Raymond. «Il avait menti auparavant et il avait été pris sur le fait. Vous n’étiez pas là pour voir ses combines… Il en a utilisé plein sur moi. Même sa mère disait qu’il était une mine de problèmes.» Celle-ci avait confié au Daily Telegraph qu’elle avait envoyé son fils dans ce camp «pour lui assurer un meilleur avenir».

Le directeur l’a prévenue quelques semaines plus tard que Raymond était à l’hôpital. Il a prétendu qu’il s’agissait de faire quelques tests. Sur place, elle a découvert que son fils était en fait mourant et que des marques de coups couvraient son corps. Lorsque l’adolescent avait sollicité le directeur au sujet des violences dont il était la victime, celui-ci lui avait rétorqué que ces blessures étaient dues «à sa propre stupidité», convaincu que le jeune se frappait lui-même pour échapper aux tâches qui lui étaient attribuées. Lorsqu’il a été admis à l’hôpital, Raymond Buys avait cinq côtes cassées.

Pendant l’interrogatoire d’Alex de Koker, l’autre prévenu, Michael Erasmus, se rongeait les ongles dans le box du tribunal, rapporte l’agence de presse Sapa citée par Citizen. Il fait partie de ceux qui ont assené des coups à Raymond Buys. Les témoignages des jeunes du camp sont accablants contre lui et Alex de Koker. L’état de santé de l’adolescent vient compléter un sombre tableau. Son crâne fracturé laissait entrevoir des blessures au cerveau. Le jeune avait en outre un bras cassé et son visage émacié montrait clairement qu’il avait été sous-alimenté. D’après le directeur du camp, c’est parce qu’il refusait toute nourriture. Alex de Koker estime aujourd’hui qu’il aurait dû le forcer à manger. Mais il récuse fermement l’accusation de meurtre qu’il qualifie de «mensonge flagrant».

SÉVICES
Une nouvelle audience doit avoir lieu le 17 septembre pour laisser à Alex de Koker et à son avocat la possibilité de plaider coupable, précise News24. Une éventualité assez peu probable puisque le directeur du camp a indiqué qu’il souhaitait appuyer sa défense de nouvelles photos et faire appel à un autre témoin. Jusqu’ici, les personnes qui ont pris la parole, dont son fils, ont témoigné en sa défaveur. D’après les récits présentés à la Cour, Raymond Buys était enchaîné à son lit chaque nuit pour l’empêcher de se suicider et il a été forcé à manger ses propres excréments en guise de punition. Des planches, des tuyaux de plomberie et des bouts de bois ont été utilisés pour le frapper et on l’aurait également électrocuté.

Quatre ans auparavant, deux autres jeunes, âgés de 18 et 19 ans, sont morts après être passés par le même camp, rappelle Gay Star News. D’après la militante américaine et spécialiste de l’Afrique du Sud Melanie Nathan, ces centres cherchent en fait à transformer les gays en hétéros. Alex de Koker facturait ses services à hauteur de 2000 dollars par mois aux familles des jeunes internés.

Photo DR