Née en Jamaïque, Natalie Plummer est un pur produit d’East London. Avec un père rasta musicien proche de Bob Marley & The Wailers – Paul Plummer –, c’est comme si son chemin ne pouvait fatalement pas s’éloigner de la voie royale qui lui est toute tracée depuis son enfance dans les faubourgs de l’est londonien: ses communautés caribéennes, son carnaval et ses soundsystems. Après sept ans de mannequinat à Los Angeles, la jeune femme qui n’a jamais rien voulu cacher de sa sexualité s’est installée à Paris en 2012 pour enfin se consacrer à la musique à l’âge de 28 ans. Son premier single hip hop, New World Order, est en ligne depuis juin 2013, et Natalie Plummer a.k.a The Conquering Lion, travaille désormais sur un premier album, à paraître début 2015. Très impliquée dans le milieu lesbien parisien, l’artiste doit faire sa rentrée musicale avec son groupe le 25 septembre prochain à l’International.

the conquering lionVotre premier single New World Order est sorti il y a pile un an. Quel est le sens de ce nouvel ordre du monde? Le sens de cette chanson, c’est le changement, un monde différent. Dans ce nouvel ordre du monde, cela n’a plus d’importance que tu sois homo, hétéro, trans’, noir ou blanc. C’est aussi véhiculer une énergie féminine. Le message de cette chanson, c’est luttons pour ce nouveau monde, il esttemps  que cela change, que tout le monde soit reconnu. C’est tout le sens de New World Order.

Qu’est-ce qui vous a poussée à écrire cette chanson? Je n’ai pas choisi de l’écrire. Quand je suis arrivée à Paris, la chanson est venue à moi. J’étais en studio, on jouait le rythme du morceau et ces mots-là sont tout simplement sortis tout seul. Ce n’était pas prémédité, ça c’est fait sur le moment, et ça exprimait ce que je ressentais.

Vous êtes en pleine écriture de votre premier album. Est-ce que vous pouvez nous en dire plus dessus? Absolument. Ce sont toutes ces émotions accumulées depuis que je suis arrivé à Paris en 2012. J’ai travaillé avec cinq beatmakers différents. J’ai écouté des choses très différentes et puis j’ai travaillé avec mon groupe The Conquering Lion pour le modifier légèrement. On a composé des morceaux plus rock’n’roll et plus r’n’b: c’est vraiment une collaboration faite pendant plusieurs voyages. Je n’ai pas vraiment de nom pour qualifier ce travail-là: c’est du rock’n’rool, du hip hop et du r’n’b. J’ai juste décidé de mettre ma culture et toutes mes expériences dans un album.

Il y a un message politique dans vos textes? Oui, mes textes peuvent être politiques, parce que cela parle du «changement». Et le «changement» est toujours relié au politique que ce soit à travers la musique ou à travers la religion. Je n’ai pas vraiment de religion. Disons que la musique est ma religion. Je ne demande à personne de me vénérer, je demande juste aux gens d’avoir une opinion sur ma musique tout autant que j’ai une opinion sur le monde.

Qu’est-ce qui vous a amenée à faire de la musique à Paris à partir de 2012? Avant toute chose, je dois dire que je suis née en Jamaïque. Quand j’ai eu trois ans, j’ai déménagé en Angleterre avec mes parents, et c’est là où j’ai grandi. Ensuite, j’ai étudié la mode et le stylisme. Je ne faisais pas encore de musique, mais mon père est musicien. Il a notamment travaillé pour Bob Marley & The Wailers. Donc j’ai grandi dans la musique, avec des musiciens tout autour de moi, mais je n’ai décidé de m’y mettre qu’une fois arrivée à Paris à l’âge de 28 ans. Pour mes 21 ans, je suis partie à Los Angeles. J’ai vécu à Hollywood pendant sept ans où j’étais mannequin et actrice. Faire du mannequinat, c’est ce qui m’a permis de vivre là-bas. Mais désormais j’ai décidé de commencer ma carrière dans la musique. Je vis mon rêve.

Si le lecteur ne s’affiche pas, cliquez sur The conquering lion- NEW WORLD ORDER (N.W.O)- (JUN2013)

Pourquoi avoir choisi The Conquering Lion comme nom de scène? Tout d’abord, j’ai choisi The Conquering Lion parce que mon père est un rasta. C’est sa religion et je suis née le 23 juillet, le même jour que l’empereur Haïlé Sélassié Iier [ndlr, empereur d’Ethiopie de 1941 à 1974 et messie des rastas] surnommé le Lion conquérant (The Conquering Lion). Je suis donc aussi The Conquering Lion. Et puis, j’ai également appris à conquérir: conquérir un pays comme la France que j’ai choisi pour réussir ma vie.

Le fait d’être lesbienne a-t-il eu une influence dans votre façon d’écrire et de faire de la musique? Absolument. Je me sens libre car je n’ai jamais été dans le placard. J’ai toujours été celle que je suis. C’est une chance, mais ce n’est pas le cas de tout le monde. C’est un sentiment que j’essaye de communiquer dans ma musique pour inciter d’autres à briser ces chaînes. Parce que c’est très difficile d’être une femme noire caribéenne ouvertement lesbienne. D’où je viens, en Jamaïque, ils te tueraient s’ils savaient que tu étais homo parce que les gens ont peur et sont ignorants. Je me dois d’en parler dans ma musique parce que sinon personne d’autre n’en parle. C’est mon devoir en tant que musicienne. Évidemment, je parle de la Jamaïque car c’est là d’où je viens, mais aussi parce que c’est un pays très homophobe.

Comment avez-vous vécu les débats sur le mariage pour tous à votre arrivée en France ? En fait, je suis plutôt contente d’être arrivée en France dans une période de transition. La France est un très beau pays, c’est un endroit parfait en tant qu’artiste. Cependant tout va très lentement, ce n’est ni Londres et ni les États-Unis. Évidemment, l’homophobie est partout, mais quand je suis arrivée j’ai vraiment été choquée. C’était un choc culturel. Il y avait aussi des relents de racisme donc être un femme noire ouvertement lesbienne à Paris, c’était vraiment beaucoup pour moi d’un coup. Mais depuis, ça s’est calmé, les manifestations sont passées, il y a moins de problèmes à ce niveau-là, les extrémistes ont baissé d’un ton et je pense que les homos en France ont un grand avenir car les gens commencent à ouvrir les yeux.

Pour revenir à la Jamaïque, pourquoi l’homophobie y est-elle aussi enracinée? En Jamaïque, être homo est vu comme un crime. Et puis il y aussi l’hypocrisie de l’Église à ce sujet. Le discours de l’Église crée beaucoup d’animosité, et les gens prennent peur comme dans d’autres pays comme la Russie qui n’accepte pas les homos. C’est la religion qui crée cette controverse dans la tête et le cœur des gens. Mais comme je l’ai dit les choses sont en train de changer, les politiques et même le pape ont changé de discours, de plus en plus de gens soutiennent les personnes LGBT, donc les choses vont sûrement changer, c’est exactement la même chose que le mouvement des droits civiques aux États-Unis.

Vous pensez qu’en tant qu’artiste, vous avez ce pouvoir de faire changer les choses? La seule chose pour laquelle je peux prier c’est d’être aussi importante que Martin Luther King. C’est mon objectif: je ne suis pas venue à la musique pour faire de la musique. La musique est un message. Si tu choisis de jouer à ça, tu dois aller au bout des choses. J’aimerais pouvoir être la prochaine Oprah Winfrey en ce qui me concerne parce que tu es obligé d’avoir un statut pour faire changer les choses. Ma carrière est importante car plus tu prends de l’ampleur, plus tu peux te faire entendre, comme U2. Ces gens utilisent leur célébrité pour des causes justes et c’est ce qui doit être fait.

Le hip hop a quelque chose de plus, musicalement parlant, pour pouvoir véhiculer ce message? Je fais du hip hop parce que je suis une poétesse. Le rap, c’est de la poésie. Et puis, c’est toute ma culture: j’ai vécu sept ans à Los Angeles, j’ai toujours été plongée dans le reggae. J’ai choisi le hip hop parce que c’est ce que je suis: le hip hop, c’est la vérité, en tout cas c’est ce que ça représente pour moi.

Photos Michelle Escobar (Natalie Plummer) / Yacin Benh (The Conquering Lion)