«Promouvoir la nouvelle [scène] électronique et s’affranchir des codes d’une nuit parisienne souvent vue comme aseptisée et hautaine», c’est tout le pari du collectif parisien Fils de Vénus, né il y a presque trois ans, en 2011, et inspiré par quelques lieux aux alentours de Pigalle – notamment le Cupidon, un ancien théâtre X aujourd’hui fermé –, et qui sévit désormais régulièrement au Batofar avec sa soirée Trash-Romance. Regroupement d’artistes (DJs, vidéaste, etc) ou de noctambules aguerri.e.s, le collectif qui cherche désormais à s’exporter à Nantes et à Bruxelles a réussi à percer dans le monde de la nuit, à sa façon, et en nouant des liens allant de l’association LGBT de l’école du Louvre, Polychrome, à des magazines ou sites web comme Le Tag parfait, Sous la jupe ou Têtu.

UN COLLECTIF ET DES SOIRÉES LGBT-FRIENDLY
Son pari? Des soirées clubs mixtes et non-communautaires, que les membres du collectif eux/elles-même qualifient de gay-friendly (ou plutôt LGBT-friendly), différentes des événements type Flash Cocotte, House of Moda, ou Wet for me, et où la question de l’orientation sexuelle ne se pose plus. «On voulait vraiment un lieu où la question de la sexualité ne se pose pas, explique Pauline Forte, étudiant en graphisme, chargée de la communication des Fils de Vénus. Pas un lieu désexualisé [ndlr, bien au contraire], mais où tu pars du principe que tout est possible, comme un entre deux entre un lieu hétéro chiant et le côté supermarché géant de certaines soirées gays ou lesbiennes».

«Très vite, on s’est présenté comme un collectif gay-friendly dans le but de déconstruire tous les clichés autour de l’homosexualité féminine et masculine», renchérit Olivia, maman des Fils de Vénus, dans l’organisation des soirées. Comment? En proposant justement des événements où «on n’a pas se justifier de son orientation sexuelle» selon les préceptes du «Venez comme vous êtes». Mais aussi une manière d’être plus inclusif. Elle ajoute:

«Le but, ce n’est pas de mettre des étiquettes mais plutôt de les retirer. D’ailleurs tous les artistes qui travaillent avec nous sont ouvert.e.s de corps et d’esprit.»

ESTHÉTIQUE PORNO
Pour ce qui est du parti pris esthétique, dès le départ, l’imagerie porno vintage des années 1970-80 s’est imposée comme l’ADN du collectif Fils de Vénus et de ses soirées. Mais pas n’importe quelle pornographie non plus. «C’est vraiment parti d’une blague que de vouloir projeter du porno sur grand écran en soirée, confie Claire, vidéaste du collectif. L’idée, c’est de plaire à tout le monde sans choquer.Je prends des petites séquences, des scènes érotiques et des gifs que je retrouve sur des Tumblr qui les référencent. On a d’abord utilisé pas mal de se scènes de sexe entre mecs comme du Jean-Daniel Cadinot, puis des scènes érotisantes à la Mulholland Drive.»

fils de venus2

Mais derrière le caractère purement esthétique se cache aussi un message sur la porn culture.«Les filles aussi regardent de la pornographie», explique Olivia, qui coordonne les soirées Trash-Romance.«Le porno n’est pas réservé qu’aux pré-ados dans leur chambre», s’exclame-t-elle. Le message se veut amusé et profondément libéré: «On prend toujours tout avec dérision, y compris cette esthétique porno qu’on a voulu donner et qui accentue le côté décomplexé d’une soirée où tout est permis».

«REDONNER UN SENS À LA FÊTE ET À LA NUIT PARISIENNE»
Car au fond, les Fils de Vénus se battent pour une vision de la nuit parisienne différente du modèle adopté aujourd’hui. «À Paris, ça fait un petit moment qu’une logique de la nuit est revenue, à la berlinoise, mais de manière générale sont concentrées aux mêmes endroits les mêmes personnes», regrette La Bête, un des musiciens du groupe Bagarre, intimement lié au collectif.

«La ligne directrice de nos soirées, c’est plutôt de dépayser les gens, redonner un sens à la nuit et à la fête, de faire sauter les carcans qui entourent la nuit parisienne et de créer des chocs et des rencontres entre les artistes qui sont programmés», poursuit-il.R ésultat: les cocktails artistiques sont explosifs avec par exemple la pop acidulée de De la Montagne et l’électro multi-instrumentale de Léonie Pernet (ex-batteuse de Yuksek) en première partie de la disc-jokey franco-uruguyaenne Piu Piu. Le grand mélange des genres.

Et les petites surprises auditives devraient se poursuivre. Fin août, les Fils de Vénus font leur rentrée Chez Moune en DJ set, puis ils participeront au festival de performance drag Crisis du 9 au 22 septembre, juste avant une soirée secrète le 19 septembre et une cinquième soirée Trash-Romance au Batofar le 17 octobre.En plus des potentielles collaborations qui se profilent, précisent-ils. La fin de l’été promet d’être trash et romantique.

Photos Fils de Vénus