Panti Bliss a très chaud dans sa robe verte extrêmement moulante en ce début de mois de juillet, mais elle refuse d’en changer car cela fait un bout de temps qu’elle l’a choisie pour jouer son spectacle à Paris. «Et j’ai eu tellement de mal à rentrer dedans…», confie-t-elle en aparté. Personnalité incontournable parmi les drag-queens irlandaises — elle dispose d’une page Wikipédia depuis 2005 — elle est récemment devenue un «phénomène Internet» comme elle le dit elle-même. Tout cela grâce à un poignant discours sur l’homophobie prononcé en février dernier dans un théâtre de Dublin.

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Depuis, la machine s’est emballée. Elle pensait que son message n’irait pas au-delà des 500 personnes réunies ce soir-là parmi le public, mais elle est désormais connue dans le monde entier. Ce qui présente quelques avantages, puisque sa célébrité fait d’elle une personne sollicitée, écoutée, voire même adulée. Mais il y a également quelques inconvénients: «Je suis devenue un putain de trésor national… Et personne ne veut baiser avec un putain de trésor national!», explique-t-elle aux spectateurs/trices hilares.

«ILS ONT PERDU ET J’AI GAGNÉ»
Avec ce discours, Panti Bliss — Rory O’Neill dans le civil — a remporté la «guerre de communication» qui l’opposait à des homophobes. Quelques semaines avant d’exposer son point de vue sur l’homophobie, la drag-queen avait été invitée à la télévision et avait donné les noms de personnes et d’organisations qui luttent contre l’égalité des droits. Celles-ci ont porté plainte pour diffamation en assurant ne pas être homophobes. Elles ont indiqué qu’elles retireraient leur plainte si Panti Bliss consentait à leur présenter des excuses publiques. Elle a refusé. Et c’est avec sa langue bien pendue qu’elle a contre-attaqué. Son discours lui a acquis la sympathie du public. La plainte demeure, mais les adversaires de Panti Bliss n’osent plus la ramener. «Ils ont perdu et j’ai gagné», se réjouit-elle. Une victoire aux répercussions croissantes puisqu’à la faveur du débat national sur l’homophobie qu’elle a initié, le Premier ministre a évoqué l’éventualité d’un référendum sur l’ouverture du mariage.

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C’est donc le cœur léger et le fessier rebondi qu’elle parle désormais de cette affaire sur scène, sans redouter le moindre retour de flamme. Sous la lumière des projecteurs, elle rit de tout: du cancer, des lesbiennes, des gays, des trans’, des drag-queens, des homophobes, des fans de football, de Madonna, des classes populaires qui vivent à Clichy comme des nanti.e.s qui peuplent Neuilly (elle s’adapte à chaque pays dans lequel elle passe). La liste est longue mais elle fait toujours mouche: le talent de Panti Bliss réside dans sa finesse et la pertinence de son analyse. On en vient à souhaiter qu’elle devienne un «putain de trésor» international.

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