Les films sur l’éveil à l’homosexualité se suivent mais heureusement ne se ressemblent pas. Après le décevant Ligne d’eau du réalisateur polonais Tomasz Wasilewski, voici le très réussi et touchant Au Premier Regard, du Brésilien Daniel Ribeiro, présenté par Yagg en avant-première le 10 juillet dernier. Sur un sujet un peu casse gueule, le premier amour homo, il réussit à nous émouvoir et à trouver sa singularité. Car le héros, Leonardo, est aveugle. Et c’est en entendant la voix du nouveau venu dans la classe qu’il va en tomber amoureux.

Le film ne nous assène pas de fumeuses explications. Toute la mise en scène vise à faire ressentir, puisque les images n’existent pas pour l’un des protagonistes, l’attirance entre ces deux garçons. Ce qui est aussi très réjouissant est la façon dont Ribeiro conduit les scènes entre Leonardo et sa meilleure amie. Lorsqu’il va lui apprendre qu’il est homo, elle prend l’annonce de façon presque détachée, comme une évidence. Cela nous change de cette longue liste de films où il fallait absolument que cela soit un problème (douloureux si possible) ou l’objet de discussions et de réactions sans fin.

Par son ton et par le jeu des acteurs, Au Premier Regard peut faire penser à un autre film très réussi qui se situe dans l’univers des ados gays: Beautiful Thing. D’ailleurs, le jury du dernier festival des Teddy Awards de Berlin ne s’y est pas trompé puisquAu Premier Regard a été choisi comme meilleur film cette année. Une récompense  méritée.

Daniel Ribeiro a bien voulu répondre par mail aux questions de Yagg.

Pourquoi vouliez-vous raconter cette histoire? daniel-ribeiroJ’ai pensé qu’un personnage aveugle découvrant qu’il est gay était une façon formidable de s’interroger sur les origines de notre sexualité. Leonardo est un personnage qui n’a jamais vu un garçon ou une fille et il tombe amoureux d’un mec. Et puis, la sexualité est souvent associée avec la vue. Un personnage aveugle apporte une nouvelle approche sur la manière dont on tombe amoureux et dont on se sent attiré par d’autres personnes.

Comment avez-vous choisi les deux acteurs et l’actrice principale? J’ai fait un court métrage en 2010 qui était un peu l’origine d’Au Premier Regard. Les deux films ont les mêmes acteurs. A l’époque, beaucoup d’adolescents sont venus au casting. Mais Ghilherme Lobo s’est imposé dès qu’il a répété la scène qui évoquait la cécité du personnage. C’était impressionnant. Puis je l’ai fait répéter avec Tess Amorim et l’alchimie entre eux était extraordinaire. Ils donnaient l’impression d’être ami.e.s depuis toujours. Enfin, nous les avons fait répéter avec d’autres acteurs jusqu’à ce qu’on trouve Fabio Audi. À la minute où il a répété avec eux, il était évident que nous avions notre casting.

Si je vous dis que votre film m’a rappelé «Beautiful Thing» de la réalisatrice britannique Hettie MacDonald, comment réagissez-vous? J’en suis très heureux car c’est le film que j’ai aimé lorsque j’étais adolescent, que j’ai regardé avec mon petit ami de l’époque et qui a été très important pour moi. C’est un film qui a influencé ma vie et m’a poussé à faire des films montrant des personnages gays de façon très naturelle.

Avez-vous pensé à faire jouer un acteur aveugle pour le rôle de Leonardo? Nous y avions pensé mais Ghilherme Lobo s’est présenté au tout début du casting et nous avons arrêté de rechercher un acteur. Cela aurait été intéressant d’avoir un acteur aveugle.

Comment avez-vous réagi lorsque vous avez reçu le prix du meilleur film aux Teddy Awards de Berlin? J’ai été très excité surtout parce que de grands réalisateurs et de grands films avaient eu ce prix avant moi. Et c’est une récompense si importante pour la communauté gay et aussi pour moi, en tant que réalisateur gay.

La bande-annonce d’Au Premier Regard:

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