Près de 300 gays séronégatifs participent actuellement à l’essai Ipergay, qui vise à vérifier scientifiquement si un traitement donné préventivement (Prep) permet de diminuer le risque d’acquisition du VIH. Lancé début 2012, Ipergay a la particularité, par rapport aux essais précédents de Prep, de proposer le traitement «à la demande», à l’occasion des rapports sexuels.

A Melbourne, l’Agence nationale de recherches sur le sida publie les premiers résultats de cet essai. Ils ne portent pas sur l’efficacité, mais sur l’observance du traitement. Obtenues auprès des 113 premiers participants de l’essai, les données montrent que les deux antirétroviraux contenus dans Truvada (ténofovir et emtricitabine) sont détectés chez 86% et 82% respectivement des participants du groupe prenant le médicament (l’autre groupe prenant un placebo). C’est un des enjeux de cette stratégie à la demande: faire en sorte que les participants prennent le traitement de façon optimale. Dans IPrex, le précédent essai américain, les participants devaient prendre Truvada tous les jours. Mais ça n’a pas été le cas, ce qui explique le résultat mitigé d’Iprex, avec un taux de réduction du risque de 44%.

Pour Jean-Michel Molina, coordinateur de l’essai Ipergay,  cité dans le communiqué de presse publié ce jour depuis Melbourne, «ce niveau d’observance est un des meilleurs observés dans les essais réalisés jusqu’ici avec une Prep orale, et est un préalable indispensable si notre stratégie se révélait efficace».

Mais ces doses seront-elles efficaces, il est encore trop tôt pour y répondre. Cependant, suite à notre question sur la concentration de médicament, en conférence de presse pré-conférence, jeudi 17 juillet, Jean-François Delfraissy, le directeur de l’ANRS, avait reconnu  que les doses retrouvées chez les participants étaient importantes. «Cela laisse espérer une efficacité non négligeable, a-t-il ajouté avec le sourire. L’essai continue de recruter, de nouveaux centres vont ouvrir, dont plusieurs en Europe, grâce notamment à un financement par la Fondation Bill et Melinda Gates.

Au total, 900 gays devraient être inclus dans Ipergay dont on ne connaîtra pas les résultats d’efficacité avant plusieurs années. En attendant, quelle sera l’attitude des pouvoirs publics suite à la recommandation de l’OMS qui encourage les gays séronégatifs qui ne se protègent pas systématiquement à prendre un traitement préventif? La balle est dans le camp de Marisol Touraine. Mais la ministre de la Santé, occupée à Paris avec la loi sur le financement de la santé, n’a pas souhaité se rendre à Melbourne.