Le cas de Chelsea Manning embarrasse l’armée américaine. Celle-ci refuse que les trans’ servent dans ses rangs. Mais tant que la jeune femme n’aura pas effectué ses 35 ans derrière les barreaux pour avoir fait fuiter des infos à l’origine de Wikileaks, elle sera toujours militaire. L’armée avait demandé à ce qu’elle soit transférée vers une prison civile pour y recevoir un traitement de réassignation, mais cette requête a été refusée par l’administration. Une bonne nouvelle pour l’avocat de la jeune femme: «Tout le monde sait que le système carcéral fédéral ne peut garantir la sécurité et la protection de Chelsea comme il est possible de le faire dans le système carcéral militaire», a-t-il indiqué. Puisqu’elle doit désormais composer avec cette prisonnière, l’armée a annoncé qu’elle lui permettrait d’accéder à un traitement «rudimentaire» sans préciser ce qu’elle entend par là.

«Cela fait presque un an que nous avons pour la première fois demandé à ce qu’elle bénéficie des soins médicaux appropriés, a précisé son avocat à l’agence Associated Press. J’espère que quand l’armée déclare qu’elle lui accordera un traitement “rudimentaire”, cela signifie qu’elle aura droit à un traitement hormonal.»

Cela créerait un précédent qui ouvrirait la voie à ce que d’autres trans’ deviennent militaires, analyse The Advocate. L’armée américaine considère que les personnes trans’ sont atteintes d’une maladie mentale: celles-ci n’ont pas le droit d’intégrer l’armée et doivent la quitter si elles sont en service. Mais si Chelsea Manning reçoit de l’armée le traitement approprié, cela prouvera de fait que l’institution militaire a les capacités de prendre en charge les personnes trans’. «L’armée doit absolument revoir sa politique concernant les soins fournis aux personnes trans’ et s’adapter aux standards médicaux du XXIe siècle. Elle ne peut pas continuer à enfouir sa tête dans le sable», a estimé l’avocat de Chelsea Manning.

Pour des raisons de confidentialité, l’armée a refusé de donner plus de détails sur le traitement «rudimentaire» qui sera accordé à la détenue. Si le traitement hormonal lui est refusé, l’avocat de Chelsea Manning a annoncé qu’il poursuivrait l’armée devant les tribunaux.

Illustration Alicia Neal