Tout a commencé avec l’essai américain IPrex. Le but était de proposer aux gays séronégatifs de prendre un traitement préventif pour éviter l’acquisition du VIH. Une étude basée sur des pratiques de prévention par le traitement. Ainsi, les femmes séropositives enceintes se voient proposer depuis près de 20 ans un traitement pour éviter de transmettre le virus à leur bébé.

Publiés il y a 4 ans, les premiers résultats d’Iprex ont déçu: la réduction de la transmission est de 44%. Mais ce qui qui vaut pour l’ensemble des participants cache en fait une autre réalité. Chez les gays qui ont pris leur traitement correctement (tous les jours), la baisse de la transmission pouvait aller jusqu’à 92%. Au vu de ces résultats, en juillet 2012, les autorités américaines recommandaient l’utilisation d’un traitement préventif chez les personnes les plus exposées, et notamment les homos masculins.

L’EPIDEMIE EXPLOSE CHEZ LES GAYS
C’est aujourd’hui au tour de l’Organisation mondiale de la santé de soutenir cette recommandation. L’épidémie continue d’augmenter dans le monde et dans certaines pays, l’épidémie explose chez les gays. Un exemple: au Sénégal, le taux de personnes contaminées est d’environ 1% dans l’ensemble de la population et de 20% parmi les gays. En France, comme dans la plupart des pays occidentaux, les gays représentent une part très importante des nouvelles contaminations. Selon les estimations de l’OMS, 20 à 25% des contaminations pourraient être évitées dans ce groupe avec la mise à disposition du traitement prophylactique pré exposition.

L’association Aides a immédiatement réagi à la recommandation de l’OMS pour demander qu’elle soit appliquée en France. Pour Christian Andréo, directeur de la communication de Aides, joint par Yagg, il faut mettre en place cet outil de prévention sans attendre car il a « prouvé son efficacité ». Il rappelle que la demande de Recommandation Temporaire d’Utilisation (RTU) pour permettre l’usage de Truvada en prévention date de l’année 2013. Pour l’instant, les autorités sanitaires font la sourde oreille. L’association estime à 70.000 le nombre de gays qui pourraient prendre un traitement en préventif. « Tous ceux qui ne sont plus dans la prévention systématique », explique Christian Andréo, qui ajoute: « Mais on n’a jamais prouvé qu’un outil chasse l’autre ». Pas question selon lui d’abandonner le message sur le préservatif.

 

PRUDENCE
De son côté, Jean-François Delfraissy se veut prudent. Interrogé par France Info, le directeur de l’ANRS, qui pilote la recherche française sur le traitement préventif IPergay, Le prix de ce traitement en question Pour Jean-François Delfraissy, directeur de l’Agence National de Recherche sur le Sida, le rapport de l’OMS est à lire avec précaution. « Je pense qu’il faut être très prudent. En France, pour l’instant, aucune décision n’a été prise par les autorités gouvernementales. Cela pose un certain nombre de questions, dont celle du prix, dont celle de la toxicité de ces médicaments qui seraient donnés à des personnes qui ne sont pas malades. »

De nombreux experts recommandent aujourd’hui de mettre à disposition le traitement préventif, mais les pouvoirs publics font la sourde oreille. Aides a récemment écrit à Marisol Touraine, la ministre de la Santé. Sans réponse de sa part pour le moment.

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