Sport | 14.07.2014 - 11 h 11 | 0 COMMENTAIRES
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Surf et homosexualité: Un documentaire s’attaque au tabou

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Dans ce petit milieu, les lesbiennes et les gays ont longtemps gardé le silence.

«Il y a une peur du coming-out dans le surf, parce que même si c'est un sport individuel, il se pratique de façon communautaire, explique à Yagg le Français Thomas Castets, le producteur du documentaire Out In The Line-Up qui traite du tabou qui règne dans le milieu du surf sur l'homosexualité. Le film a été diffusé le 12 juillet l’International Surf Film Festival d’Anglet et peut être acheté ou loué en ligne.

«On fait du surf en milieu rural et on se retrouve toujours avec les mêmes personnes, poursuit Thomas. Une pression sociale s'installe, il y a des codes à respecter. Par exemple, la vague la plus grosse est prise par la personne la plus intimidante, celle qui ne montre aucune faiblesse. Pour remporter ce rapport de force, personne n'ose être différent. Il n'y a que des combinaisons noires avec des planches blanches pour se fondre dans la masse.» Difficile dans ces conditions pour les lesbiennes et les gays qui pratiquent le surf de s'ouvrir sur leur orientation sexuelle, comme en témoignent certain.e.s dans le numéro d'été du magazine Têtu.

«UN SPORT VIRIL, MACHO»
À l'origine, ce sport n'avait pourtant rien d'oppressant. «Ce sont des marginaux qui ont donné naissance au surf, précise Thomas Castets en guise de rappel historique. Ils ne travaillaient pas, ils dénonçaient les injustices, voulaient protéger l'environnement et notamment l'eau. Mais tout cela a été kidnappé par une industrie qui a utilisé le stéréotype du blond hétéro pour vendre.» Les compétitions étant peu rémunératrices, les professionnel.le.s de ce sport vivent grâce aux sponsors. «Pour apparaître dans les magazines qu'achètent les jeunes de 12 à 20 ans, les femmes doivent être en string et les hommes sur de grosses vagues. Pour elles le bikini, pour eux, de beaux cheveux blonds.» Des clichés qui n'aident pas le sport à évoluer. Jusque récemment, aucun.e surfeur/se n'avait fait son coming-out. L'ancienne championne du monde de longboard Cori Schumacher a révélé son orientation sexuelle, mais évolue désormais sans sponsor.

«Parmi les surfeurs/ses hétéros, personne ne s'imaginait qu'un.e surfeur/se pouvait être homo. Et le tabou était tellement fort, que parmi les homos, personne ne voulait lever le doigt pour dire: "Je suis différent.e". C'est un sport viril, macho, où le surfer se doit d'être bronzé et à l'opposé des valeurs considérées comme féminines, telles que la gentillesse ou la douceur. Et il a beau être à moitié nu toute l'année, on repousse l'idée que puisse exister un désir entre les surfeurs.» Devant le silence qui régnait dans le milieu du surf, David Wakefield a préféré abandonner ce sport. Protagoniste du documentaire Out In The Line-Up, il a finalement réussi à faire son coming-out, notamment grâce au soutien qu'il a reçu de la part de gaysurfers.net, une communauté fondée par Thomas Castets en 2010 et qui compte environ 6000 membres aujourd'hui. Le Français a quitté son pays natal lorsqu'il avait 18 ans pour partir vivre à Sydney où il réside et travaille désormais.

Peu à peu, les choses changent, malgré l'extrême frilosité des institutions du surf, elles-mêmes financées par les sponsors. En mettant en images les histoires de surfeurs et de surfeuses ouvertement homos et heureux/ses, Thomas Castets espère que d'autres franchiront le pas.

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