Mardi, Yagg vous parlait de L‘Hymne à l’amour, le dernier clip électro-trash-queer de David Courtin, qui ne devrait pas beaucoup plaire à Christine Boutin mais va sans doute marquer les esprits et faire guincher les adeptes des clubs parisiens. Nous sommes partis à la rencontre de David Courtin, dont la dernière compilation remonte à 2011 et qui se produit samedi 12 juillet (au Trabendo), pour savoir ce qui se tramait derrière ce retour qu’on espère à la hauteur de ses premiers titres: Bombasse, I’m so excited ou Sorry.

Votre Hymne à l’amour qui vient de sortir est-il une forme d’hommage à L’hymne à l’amour d’Édith Piaf ? Il y a un hommage dans le sens où, oui, ça peut entraîner de la confusion. On pourrait imaginer que c’est un nouveau Grégory Lemarchal qui chante une reprise d’Édith Piaf. En fait, non. Quand on appuie sur play, on s’aperçoit très vite que ce n’est pas du tout ça.

Quel est le message que vous avez voulu donner notamment par l’utilisation d’un vocabulaire très cru ? L’Hymne à l’amour, c’est pour nuire à tous ces gros cons qui nous ont fait chier l’année dernière en manifestant contre le mariage pour tous. Comme ça, ils pourront tomber dessus à la radio et gentiment s’arracher les cheveux. C’est aussi un message d’amour et de paix. Un message féministe aussi : le fait de se mettre dans une situation un peu dégradante et humiliante en tant que garçon et le fait d’en parler crûment et ouvertement.

Vous avez fait appel à des guests pour réaliser le clip, notamment Christophe Salengro. Qu’est-ce que cela fait de bosser avec le président du Groland ? Avec Christophe, on est ami depuis une quinzaine d’années. Au début, j’avais demandé à un ami percussionniste de venir jouer des percussions sur le clip pour imiter tous les bruits qu’il y a dans le titre, mais il a annulé. On n’avait jamais fait d’images avec Christophe. Du coup, je lui ai tout naturellement demandé de venir jouer du triangle. C’était très bien. Avec Valérie Archeno, ce n’est pas non plus le premier clip qu’on réalise. Il y a deux-trois trucs qui doivent traîner à droite ou à gauche. C’est là aussi une histoire d’amitié. Je l’aide et je l’assiste quand elle fait des images : je suis un peu son esclave [rires], mais elle me file des coups de main à son tour.

Ça veut dire qu’un disque est en préparation… Oui. J’ai enregistré dix titres qui sont pratiquement terminés. Il reste deux titres à mixer, mais ce sera fini fin juillet. Si tout va bien, ça veut dire une sortie pour l’automne. Six titres sont produits par Tanguy Destable, DJ Tepr, de Yelle. Il a repris ce qu’on avait enregistré avec Benoît et Thomas, les musiciens avec lesquels je joue sur scène. Il a donné des coups de ciseaux là-dedans et tout restructuré. Il y a des morceaux assez dansants, d’autres avec des invités qui chantent, mais ça je ne peux pas encore trop en dire, je n’ai pas les autorisations de la maison de disque. L’album s’appellerait Tue-l’amour, comme un Tue-l’amour.

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Musicalement, quelles sont les orientations de ce disque à venir ? Il n’y a pas de slows pour emballer dessus. C’est plutôt dancefloor, pour sortir en boîte ou conduire bourré, etc. Qu’est-ce qui change avec le premier album ? Je ne me suis pas gêné pour dire ce que j’avais à dire déjà. J’avais des complexes à écrire en français. Sur le premier album, c’était le moment où tout le monde chantait en anglais, or j’aime bien qu’on comprenne mes textes même si c’est cru. Il n’y a pas que des morceaux crus dans ce que j’ai pu faire, il y a aussi des choses cucul la praline. Mais aujourd’hui, j’ai l’impression que ce n’est plus la peine de complexer avec ça parce que plein de gens chantent et écrivent en français désormais. Ce qui change, c’est l’environnement. Je suis peut-être plus en accord avec ce qui se passe aujourd’hui autour de moi. L’album est aussi plus évident, un peu plus clair, même si pas forcément plus construit. Pour l’instant, je travaille avec un petit label d’Angers qui s’appelle Ego twister, qui a sorti L’Hymne à l’amour en 45t. Mais l’usine en Allemagne est à la bourre donc on devrait les recevoir au mois de juillet.

Des artistes vous ont inspiré pour Tue-l’amour ? Plein d’artistes m’ont inspiré, mais pour des choses très différentes. Il y a quelques années j’avais adoré aller voir Scissor Sisters en concert. Le côté, on se dessape, des textes crus, etc, c’est un truc qu’on a peu en France ou alors je ne connais pas. Récemment, au Café de la danse, j’ai vu Jenny Wilson, une chanteuse suédoise que je trouve vraiment cool. J’adore ses compos. Mais sinon j’écoute de tout.

Trois ans pour produire ce disque, pourquoi ça a mis autant de temps ? En fait, j’auto-produis tout. On a enregistré l’album en pointillé : des titres qu’on utilisera finalement pas, d’autres qu’on a un peu cherché. Ça a mis bien quatre ans même. Le plus vieux des titres a cinq ans, mais à l’arrivée ça donne quelque chose d’assez homogène.

En 2012, vous avez fait les premières parties de Jacques Higelin, c’était comment ? En fait, lors d’un de mes concerts Higelin était là et il m’a proposé de faire ses premières parties sur la fin de sa tournée. C’était assez rigolo, assez inattendu. En même temps, on a joué dans des grosses salles pleines et on a eu un super accueil alors que les gens nous regardaient un peu bizarrement au début. C’était vraiment très sympa.

Ça fait plus d’un an que vous n’avez pas joué, comment vous appréhendez votre concert du 12 juillet au Trabendo ? Je me sens un peu en famille. On joue avec Tatiana de Fiodor Dream Dog, on est ami depuis très longtemps donc c’est assez tranquille. On va bien s’amuser, il y aura des chanteurs, des danseurs, etc.

Vous menez d’autres projets en parallèle ? Avec Valérie Archeno, on avait écrit Ma cuisine homosexuelle, ensuite avec OcéaneRoseMarie, on a sorti Ma cuisine lesbienne. Et puis aux éditions La Martinière, tous ensemble, on a publié Le Guide pratique du mariage homo. Mais tout ça est en suspens. C’était d’une part l’idée de faire un livre de cuisine et de l’autre de mener un projet avec OcéaneRoseMarie. Rien de plus.

Vous êtes quand même pluridisciplinaire… C’est surtout que j’ai le temps de le faire. Je ne gagne pas ma vie avec la musique, c’est déjà arrivé à d’autres moments, mais pas aujourd’hui. Je suis graphiste également, et je travaille pour des maisons de disque, et j’ai un boulot alimentaire à côté. Mon premier métier, c’est graphiste et j’adore faire à manger donc au bout d’un moment…

Photo Florian Bardou