Selon un rapport qualitatif sur Flash Test, cette semaine de dépistage rapide n’est pas plus efficace que le dispositif classique existant pour dépister les personnes touchées. Mais elle permet de mobiliser les acteurs du dépistage et fournit des données importantes sur le profil des personnes dépistées. Celle qui s’est déroulée en septembre 2013 et dont nous avions abondamment parlé sur Yagg vient d’être analysée par  Alice Atramont et Stéphane Le Vu de l’Institut de veille sanitaire. Ce qui frappe d’abord, c’est le succès de l’opération. Prévue pour dépister 5400 personnes sur les quatre régions (Guyane, Ile-de-France, Paca et Rhône-Alpes), les équipes mobilisées pour Flash Test ont réalisé 9726 dépistages par Test rapide d’orientation diagnostic en une semaine.

PRÈS DE DEUX FOIS PLUS DE TESTS RÉALISÉS
Flash Test consistait à aller au devant des populations les plus exposées au VIH ou éloignées du système de santé pour leur proposer un dépistage en se rendant dans leurs lieux de vie. Bien médiatisée, l’opération a suscité beaucoup d’intérêt dans des populations (hommes et femmes hétérosexuelles né.e.s en France, principalement) qui ne sont pas à risque vis-à-vis du VIH. Sur les 9726 dépistages, 55 personnes ont été dépistées séropositives, soit 0,56%).  Cette opération n’a donc pas permis de dépister plus de personnes séropositives que des dispositifs communautaires, pratiqués par certaines associations notamment. C’est là une des limites de Flash Test analyse les auteurs du rapport.

En revanche, l’analyse de Flash Test concernant les personnes testées séropositives est intéressante à plus d’un titre. Les personnes ayant découvert leur séropositivité au VIH lors de l’opération Flash test étaient pour près de 80 % d’entre elles en Ile-de-France. La majorité était née à l’étranger (58 %). La médiane d’âge était de 39,5 ans avec une moyenne à 43 ans.

PLUS DU TIERS DES SÉROPOSITIFS SONT GAYS
Les personnes testées positives étaient pour plus d’un tiers des Hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH, 35 %) et 10 % étaient des personnes trans’. Plus de 70% des personnes testées positives ont déclaré avoir eu des pénétrations sans préservatif dans les 12 derniers mois et près de 20 % ont déclaré avoir déjà eu des relations sexuelles en échange d’argent ou de service, parmi lesquelles les 5 personnes transgenres. Au total, deux tiers (32 sur 48) des découvertes de séropositivité concernaient des personnes HSH, nés en Afrique subsaharienne, transgenres ou avec un antécédent de prostitution. Et parmi les 16 autres personnes séropositives, 4 avaient été dépistées en Guyane. Concernant le recours au dépistage, 65 % des personnes avaient déjà réalisé un test de dépistage du VIH et 35 % ont donc réalisé leur premier test au cours de la semaine Flash Test. Plus des trois quarts (77 %) avaient l’intention de faire un test avant de rencontrer le dispositif Flash Test.

Le tableau ci-dessous permet aussi de comparer le profil des personnes, testées négatives et positives.

Tableau 1; Profil comparé des personnes testées positives ou négatives (Analyse du public touché par l’expérimentation Flash- Test 2013), © Invs 2014.

Tableau 1. Profil comparé des personnes testées positives ou négatives (Analyse du public touché par l’expérimentation Flash- Test 2013), © Invs 2014.

 

PROFIL DES PERSONNES TRANS’ DÉPISTÉES
Autre enseignement, 27 personnes trans’ sont venues faire un dépistage pendant Flash Test. Etant donné le peu d’informations dont on dispose sur cette population très vulnérable, les données de cette analyse sont précieuses. L’immense majorité des personnes trans’ a été testéee en Ile-de-France. Près des trois quarts (73 %) étaient nées à l’étranger, principalement en Amérique du Sud. L’âge moyen était de 39 ans avec une médiane à 37 ans. Les personnes transgenres étaient 71 % à avoir déclaré des rapports sexuels avec des hommes dans les 12 derniers mois, avec un nombre médian de 10 partenaires masculins. Plus d’un tiers (36 %) ont déclaré avoir eu des rapports sexuels avec des femmes, avec un nombre médian de un partenaire féminin. Deux personnes ont déclaré des partenaires masculins et féminins et deux personnes n’ont pas déclaré de rapports sexuels dans les 12 derniers mois.

Concernant les conduites à risque, 40 % des personnes transgenres ont déclaré avoir eu des pénétrations sans préservatif avec un ou des partenaires occasionnels dans les 12 derniers mois. La même proportion a déclaré avoir déjà eu des rapports sexuels en échange d’argent ou de service. Une seule personne a déclaré un usage de drogues injectables mais près d’un quart des personnes transgenres ont déclaré avoir consommé de la cocaïne ou du crack dans les 5 dernières années. Concernant le recours au dépistage, 85 % des participants transgenres avaient déjà été testés pour le VIH et 60 % avaient effectué un test récent. Ils étaient 69 % à avoir l’intention de faire un dépistage avant de rencontrer le dispositif Flash Test. Enfin, parmi les 26 personnes transgenres testées, 5 d’entre elles ont découvert leur séropositivité au VIH à cette occasion, soient 19 %.

Le tableau ci-dessous présente le profil des personnes trans’ dépistées.

Tableau 2. Caractéristiques des personnes trans' (Analyse du public touché par l’expérimentation Flash- Test 2013), © Invs 2014.

Tableau 2. Caractéristiques des personnes trans’ (Analyse du public touché par l’expérimentation Flash- Test 2013), © Invs 2014.

 

Le dispositif Flash Test peut être amélioré, selon l’Agence régionale de santé qui a financé et coordonné l’opération en septembre 2013. Mais ce dispositif fournit aussi, via des études quantitatives et qualitatives comme celles publiées cette semaine, des informations importantes et qui devraient permettre de mieux cibler le dépistage, une des priorités de la politique de lutte contre le VIH/sida. En effet, on estime que plus de 30 000 personnes ignorent qu’elles sont séropositives.